LA SITUATION COJIMERCIALE ACTUELLE EN FRAN'CE
remplir la place laissée vacante par l'argent qui n'est plus accepté. Mais quand un métal monétaire augmente ainsi de valeur, le prix des denrées ou produits baisse, parce qu'on demande un poids naoindre de ce métal pour une même quantité de marchandises. De plus, l'agio pex'met, comme nous venons de le dire, d'acquérir à bon marché certaines matières premières : coton, peaux, fibres, laines et poils, etc. ; or, il résulte naturellement de là une notable diminution du prix de revient des produits fabriqués. Aussi les prix ont en général baissé depuis quelques années dans une proportion considérable , et cette baisse a annulé indirectement, au moins pour une bonne partie, les droits opposés en 1892 à l'entrée des produits industriels, aussi bien que ceux qui regardent les produits agricoles.
Tel est, en résumé très serré, l'extraordinaire concoursde circonstances qui a fait la situation actuelle. Nous avons un tarif douanier trop élevé, exagéré, mais il est neutralisé par les effets de l'agio. Donc la concurrence étrangère subsiste avec toute ou presque toute la force acquise avant 1892, et si elle n'avait elle-même à souffrir de l'état de choses général qui domine tous les marchés, nous en sentirions sûrement le poids davantage encore. En tous cas, cela explique la divergence des opinions qui se manifestent aujourd'hui touchant l'effet des tarifs. Certains économistes, qui raisonnent d'après les chiffres incohérents des statistiques, prétendent que l'excès de la protection nous conduit à la ruine. La plupart des intéressés déclarent au contraire que la situation abaissée des prix dénonce la nullité de l'effet des tarifs. L'opinion des premiers est justifiée en apparence, parce que les statistiques de la douane étant exprimées en valeur et non en quantité , leurs totaux diminuent, mais cela résulte de la chute des prix, bien plus que de celle des affaires; et l'opinion des fabricants, commerçants et agriculteurs, est motivée réellement par la difficulté qu'ils éprouvent à placer leurs produits, même à des taux médiocres.
Après ces explications, que nous avons réduites autant que possible, nous essaierons de conclure en appréciant l'état des choses et en essayant de prévoir l'avenir qu'il nous réserve.