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LA SITUATION COMMERCIALE ACTIELLE E.\ FRANCE

ferait surgir de nouvelles complications internationales, des hostilités et des gênes, qui nuiraient fortement à nos exportations. Enfin . si , par l'effet de circonstances imprévues , l'agio venait à disparaître, nos tarifs encore exagérés porteraient bientôt tous les mauvais fruits que nous avons signalés, et nous feraient beaucoup de mal.

La véritable solution, la plus sûre, la plu savantageuse, consisterait dans une mesure propre à faire disparaître l'agio, combinée avec une réforme douanière ramenant nos tarifs à un taux modéré, en rapport avec notre situation générale. Mais comment réaliser cette mesure, qui devrait produire une bausse énorme du prix du métal, afin de le ramener à son ancien taux et à son ancienne proportion de 13 1/2, ou environ, par rapport à l'or .^ Il existe actuellement une sorte de parti très actif, très remuant, qui fait une vive campagne internationale en faveur du himi-talhsme universel considéré comme moyen d'arriver à la suppression de l'agio, c'est-à-dire à une bausse de 40 à 50 % sur la valeur actuelle de l'argent. Cette solution paraît au premier abord fort aisée, à réaliser, puisqu'il suffirait, dit-on, de reprendre partout le libre monnayage des écus, aujourd'hui suspendu dans presque tous les États de civilisation occidentale. Comment se fait-il donc que les gouvernements hésitent à l'appliquer? Pour la raison majeure, qu'ils se rendent compte de l' impossibilité cVarriver à la suppression de lagio par ce procédé. Reprendre la frappe de l'argent, ce serait commettre un véritable acte de folie. qui d'abord jetterait un trouble profond dans les circulations intérieures, et qui, après avoir enrichi quelques spéculateurs, nuirait finalement à tout le monde sans profiter à personne, cela est aisé à démontrer.

Il est hors de doute que la quantité des espèces en circulation dans chacjue pays, et entre pays divers, doit être en proportion exacte avec le chiffre des affaires. Si celui-ci est représenté par 1.000, la masse monétaire métallique sera, je suppose, de 100, dont une partie servira directement aux transactions courantes au comptant, l'ensemble foui^nissant une base et un moyen de compte à une vaste circulation d'etfets variés, qui est elle-même

proportionnée à la quantité des produits mis dans le commerce. Si on élève à 110 la quantité de la monnaie, on modifie cette situation en changeant sa base ; l'équilibre est troublé , et il ne se rétablit que par un nouvel accommodement entre la valeur delà monnaie et celle des marchandises, autrement dit par une hausse des prix. En raréfiant au contraire la monnaie, en ramenant, par exemple, sa quantité à 90, on rompt encore Téquilibre, mais cette fois les prix baissent. Le phénomène est naturel, puisqu'il résulte d'une nécessité mathématique : le maintien de la proportion entre la somme des moyens de paiement et celle des choses à payer; il est donc inévitable. Or, que ferait-on surgir en rouvrant les hôtels de monnaies au métal blanc? Une multiplication considérable desécus, et la rupture de l'équilibre monétaire avec sa conséquence forcée : la hausse rapide des prix, qui apporterait un trouble colossal dans tontes les transactions et dans toutes les foi'tunes. Si encore, après cette rude secousse, la situation se trouvait améliorée pour longtemps au profit des relations intérieures et extérieures, on pourrait peut-être agir dans ce sens, en prenant de minutieuses précautions. Mais on n'est même pas fondé à prévoir cette heureuse compensation aux ruines que ferait la transition. Voici pourquoi.

Tant ([ue la production minière de l'argent est restée proportionnée à peu près aux besoins monétaires, toute personne disposant d'un lingot d'argent fin pesant un kilo pouvait, soit le faire transformer en 4 '* pièces de cinq francs , soit le vendre au prix de 220 francs environ. Aujourd'hui, on ne peut plus faire frapper d'écus, et le métal blanc n'a qu'un débouché, le marché libre, où il vaut à peu près 120 francs le kilo, plus ou moins. Supposons que l'on rouvre les Monnaies à la frappe des écus, aussitôt tous les détenteurs de kilos d'argent à 120 francs s'empresseront de les apporter pour quVjn les transforme en 220 francs d'espèces, ce qui leur procurerait le joli bénéfice de 90^ ou environ, n'était le phénomène dont nous parlions tout à l'heure. Comme il existe un très gros stock de métal blanc, comme les mines peuvent en fournir chaque année peut-être six minions de kilos et au delà, au lieu des 700.000 ou 800.000 kilos

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d'autrefois, il tomberait dans le courant actuel de la circulation un fleuve d'écus qui le ferait largement déborder. Pour ramener l'équilibre entre la monnaie et les produits, le public hausserait les prix dans une proportion correspondante, cela naturellement, à coup sùi\ ainsi que la pratique, complètement d'accord avec la théorie, l'a démontré maintes fois.. Le doute n'est même pas permis sur ce point, car il est bien évident que si, à l'heure actuelle, la quantité de monnaie en usage suftit aux besoins, — et personne ne songe à se plaindre de la rareté des espèces, — toute addition un peu considérable à cette quantité jetterait le trouble dans la situation.

Dans ces conditions, l'augmentation indéfinie des espèces en argent produirait les effets que voici. Toute personne apportant à la Monnaie 22^'',5 d'argent fin recevrait en échange une pièce de 5 francs /je néglige les frais de frappe); il lui faudrait alors transformer sa pièce en produits, titres, terres ou maisons, et illollrirait dans ce but. Mais il s'apercevrait aussitôt que telle de ces choses, dont le prix était autrefois de 5 francs, a monté à 6 francs, puis à 7, puis à 7,50 et à 10 francs. La pièce ne suffirait donc pas, il en faudrait deux, et la position du détenteur d'argent se trouverait ramenée exactement à ce qu'elle est aujourd'hui, c'est-à-dire que, pour acquérir le même objet, il devrait donner non pas 22^^5 , mais bien i.î grammes d'argent fin en lingot. Dès lors, le bénéfice prévu par les producteurs d'argent étrangers s'évanouirait, et l'opération n'aurait plus pour eux qu'un intérêt très secondaire. Mais nous. Français, chez qui Técu garde actuellement sa valeur légale sans trouble des prix, parce que la masse en circulation reste à peu près fixe, nous devrions payer toutes choses le double, ou plus, sans aucune compensation. Quel bouleversement dans les relations économiques, que de difficultés entre producteurs et clients, entre empjloyeurs et employés, entre propriétaires et locataires! Il en résulterait une crise analogue à celle des assignats en 179-2-1797, plus aigiie peut-être, parce qu'aujourd'hui les intérêts sont plus développés et plus actifs.

.le viens de parler des assignats. Ceci m'amène à envisager une

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autre face de la question. Dans les conditions que je viens d'indiquer, les écus d'argent, cotés 5 francs par la loi, ne vaudraient plus en réalité que la moitié fl), aumoinspour le public. Celui-ci les délaisserait le plus possible pour l'or, dont la valeur relative prendrait un essor considérable, car on ne pourrait pas multiplier les pièces de 20 francs comme les éous^ faute de métal. Dès lors, la crise de l'agio, aujourd'hui restreinte aux relations internationales, pénétrerait dans, les transactions intérieures. Elle se généraliserait, bien loin de disparaître, d'autant plus que, dans ces conditions, il deviendrait inutile et onéreux de faire frapper tout le métal blanc disponible, dont une certaine quantité resterait à l'état de lingots comme aujourd'hui, pesant sur le marché et avilissant les cours.

Voilà pourtant l'opération à laquelle certains théoriciens nous convient, avec une imprévoyance bien extraordinaire en présence de la leçon si précise, si répétée et même si récente des faits. Pour mettre fin à la crise monétaire internationale, ils nous proposent de l'étendre aux circulations nationales , indemnes jusqu'ici grâce aux précautions prises. Sans parler de la responsabilité qui incomberaitaux gouvernements, s'ils renonçaient à leur prudente attitude vis-à-vis de l'argent, il est évident que le plus simple hou sens leur commande de s'abstenir, en présence des risques que la frappe libre ferait nécessairement courir à la fortune publique et à la situation économique dans tous les pays à circulation normale, c'est-à-dire où l'ancienne relation de l'or et de l'argent s'est légalement maintenue.

Si le bimétallisme général, avec frappe libre de l'argent, est à éviter pourle moment, \e monométallisme génhvd^^ qui n'admet que la seule monnaie d'or n'est pas un remède meilleur, 1° parce qu'il ne répond aucunement au besoin de petite monnaie d'un grand nombre de pays ; 2" parce que l'or est encore trop rare pour suffire à tous les besoins; 3° parce que le changement de système coûterait des sommes colossales aux nombreux gouvernements

(1) Aujourdbui déjà, ils ne \alent, comme mùtaU que la moitié de leur -valeur comme monnaie, mais celle-ci se maintient d'un commun accord parce que la circulalion reste à son niveau normal.

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