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LE PAYS ET LES HABITANTS

La description, que j'ai donnée dans la Revue (2), du type gaélique pris à une époque relativement récente, va nous permettre d'éclairer l'histoire de l'Irlande, où ce type a jadis vécu pendant des siècles. Nous retrouverons là les pièces principales dont est composé cet organisme, et en remontant dans ce passé, nous verrons se développer et se transformer à travers les âges l'état social de cette fraction de l'humanité.

L'Irlande, en effet, est le pays d'où les légendes et les traditions font venir tous les clans des Highlands, depuis les plus anciens, les Campbell et les Macleod, jusqu'aux migrations histo-

(■]) Ouvrages consultes. Outre les livres déjà cités de Skene, Lavergne. les articles UuEiioN Slwv, Celtic LiTTEBJVTUKE, C'l\>", Feniàks, Irel\^d, Scotland, dans r£)icj/dopediu Britannica, — Staiidish OGrad)', History of Ireland critical and philosophical; — History of Ireland , Hervic period, 2 vol. 1878-80; — A. Young. Voyages en Irlande; — M. \.lie,Qo\t{., Lettres d'Irlande, Trois mois en Irlande, — lieijister of the abbey of S. Thomas, Dublin, éd. Gilbert, 1889; — Mackinlosb, History of the civilisation in Scotlund, 1878-88, 4 vol. in-8''; — The hislorians of Scotland, t. I et IV (Chroniques de Fordun) ; — Dareste, Études d'histoire du droit ; — Sumner Maine, Eurly History of Institutions, Londres, 1875; — Ancient laws of Ireland, i vol., 1865-79; — Walpole, History of Ireland, 1882; — d'Arbois de Jubainville, Cours rfc littérature celtique, t. II, V et VU 1883-95, et de nombreux mémoires sur le droit irlandais : Revue celtique, t. III et VII-VIII; Nouvelle Revue historique de Droit, t. IV-V, VIII-IX, XI-XVI ; Revue générale du Droit, t. XII-XVI ;

— Giraldus Cambrensis, t. IV (éd. Dirnack) — Whitley Stokes, the Tripariite life of S. PulricU, 1888, 2 \o\;~Annals ofLoch Ce, éd. Hennessy, 1871, 2 vol. ; — Chronicuin Scolorum, éil. Hennessy; — Warsofthe Gall wiihthe Gaedhil,éd. Todd;

— Brucyre, Contes populaires de la Grande-Bretagne, 1875; — Rbys, Ecrlij Britain, Cellic Britain, 1881; — Joyce, History of Ireland, 1893.

(2) Voir la Science Sociale, 1895, t. XIX, p. 78, 3ô6, 505, et t. XX, p. 250.

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riques plus récentes des fils d'Érc (1), des fils de Corc (2), des Colla (3), des ONiall du dixième siècle (i) . A ces époques reculées, non seulement les émigrés savent qn'ils ont laissé en Irlande des parents, — les Macdonald, par exemple, se savent apparentés aux O'Keliy, aux Maguire, aux Macmahon, — mais il y a entre les deux pays tantôt une unité politique (ô), tantôt une unité de souvenir qui, lorsque le rameau écossais a grandi au point de devenir indépendant, le rappelle aux heures de grand péril sous les drapeaux de ses frères (6).

Puisque c'est le milieu irlandais qui a préparé les Highlanders à la formation sociale que leur nouveau milieu leur a imprimée, il est intéressant de noter par quelles frappantes analogies le premier type s'acheminait vers le second sans v arriver complètement, détourné, aiguillé dans d'autres directions par l'impulsion d'une nature plus riche, d'un cadre plus fertile.

Comme l'Ecosse , l'Irlande va nous donner l'impression d'un pays où les moyens d'existence sont avant tout fournis par la simple récolte , où la vie est presque exclusivement orientée vers la guerre; comme l'Écossais, l'Irlandais nous offrira l'image d'un pasteur apathique et belliqueux , d'un communautaire de clan. Le lecteur qui a Lien voulu suivre les précédents articles a pu s'apercevoir que j'avais placé le détail de mes observations entre les années 1770 et 1790, à l'époque où disparait pièce par pièce l'ancienne organisation sociale des Highlands, me retournant quelquefois en arrière pour y voir fonctionner le type vivant, des-

(1) Souche des Cameron, des Macpherson, des Mac-Intosh, des Mora)-.

(2) Tige des comtes de Lennox et d'Angus.

(3) Ancêtres des Macdonald.

(4) Orijiine des Larnoot et des Lathland.

(5) Ainsi, la légende fait régner les trente Brude sur les Pietés d'Ecosse et d'Irlande, et, aux sixième et septième siècles, le royaume scot de Dalriada chevauche à la fois sur les deux pays.

(Gj En 627, le roi irlandais de Dalriada reçoit l'appui du roi écossais de ce nom pour lutter contre les armées coalisées des Pietés d'Irlande et d'Ecosse; à Clontarf , en 1014, dix chefs de clan écossais combattent à coté du roi d'Irlande contre les Danois de Dublin et des iles d'Ecosse; au treizième siècle, les clans irlandais fournissent à Somerled l'armée avec laquelle il reconquiert son royaume d'Argyle, et, parmi les descendants des fils de celui-ci, nous comptons les Macdonald d'Ecosse et les U'Donnell d'Irlande, les Mac-'William de Connaught, les Sheehyde Munster.

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cendant plus rarement au siècle présent pour voir ce qui a surgi de cette décomposition. J'agis de même avec l'Irlande. Les années 1770 à 1780 marquent en effet dans son histoire : l'ancienne Irlande des clans a vécu, l'Irlande moderne des O'Connell et des Parnell n'existe pas encore et se laisse à peine soupçonner. C'est là qu'il faut saisir les traces encore chaudes de son passé. Un grand voyageur, un illustre agronome, Arthur Young, parcourt à ce moment le pays, et l'infinie précision de sa description nous est le plus sûr de tous les guides. Derrière ses phrases et ses colonnes de chiffres on voit prendre corps les descriptions un peu vagues des anciens chroniqueurs, qu'il est hon d'en rapprocher de temps à autre pour montrer à travers la suite des Ages la continuité logique des phénomènes. Alors, au-dessus de ce peuple, il ne restera plus qu'à faire passer la chevauchée de ses castes guerrières dans l'esquisse rapide d'un passé militaire et sanglant, que les annales des cloîtres nous livrent comme un vaste obituaire où l'on ne fait mémoire que des morts.

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