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valeurs sans dislinction et qui porle sa tlominatioii au comble. Quelque faibles que soient les primes exigées par les sociétés d’assurance, plus elles s’étendent sur un grand nombre d’assurés, plus leur versement forme un courant régulier de \raleurs se réunissant sous la directiou de quelques-uns. Plus loin, il existe une grande fabrique qui, par la concentration de la masse de ses ouvriers et sa production énorme, provoque un courant en tout semblable. Plus loin encore, c’est un grand magasin qui, faisant des affaires pour des centaines de millions, détermine un autre courant portant encore les mêmes caractères. Enfin, les caisses de l’État s’étendent sur tout le territoire, concentrant dans toutes les directions les valeurs publiques ; et sur tous domine la Bourse, où l’on spécule sur les mous et les remous, le flux et le reflux de ces courants multiples, provoquant des hausses et des baisses au point d’en faire de vraies tempêtes. Les naufragés de la spéculation disparaissent, les courants se maintiennent, amenant d’autres spéculateurs plus heureux. Des fortunes colossales surgissent, de nouveaux cataclysmes surviennent, les courants persistent toujours, redeviennent un moment plus calmes, pour reprendre plus impétueux, non pas selon la reprise des affaires, mais selon la reprise de la spéculation. Spéculation sans laquelle il n’existe pas de travail humain, et qui ne conduit à ces crises profondes et dan-
IX TUOIU'CTION A L’IXDUST RIE DU JOUET.
gereuses que parce qu’elle est, comme ce travail, sans limite et sans frein.
DISSOLUTION DE l’ÉTAT SOCIAL MODERNE
On parle de l’avènement du quatrième état. Depuis un siècle, les trois premiers ont disparu. Il y a longtemps que l’avènement du quatrième aurait dû se produire. S’il n’eu a rien été, e’est que des causes profondes ont fait obstacle. Avec la proclamation de la liberté du travail, les trois premiers états, aussi bien que le dernier, ont perdu leur raison d’être. Avec la supériorité que possède la spéculation financière sur le travail purement manuel ou purement commercial, et tout le inonde pouvant selon ses instincts et ses capacités s’y glisser, il n’y a plus d’état du tout- mais la société moderne se divise en deux grandes classes : ceux qui profitent des bénéfices que donnent les grands courants de la circulation des valeurs, et ceux qui y perdent. Ce sont les gagnants et les perdants au jeu de la vie. Mais, voici que les gagnants perdent, les perdants gagnent, et le jeu continue de la même manière, au hasard des cartes que le désordre fait sortir de la coupe dont on a fait la liberté du travail. Ou en a fait la lutte pour l’existence : c’était prendre le jeu au tragique. Il n’a pas encore ce caractère. Mais il le prendra à mesure que les gains devieu-
(Iront j)lus considérables, les misères plus proloudes, et que les rancunes et les passions s’en inéleronl.
De tout temps, les forlnués ont iusliuclivemeul comj)ris la solidarité des ricliesses et des misères; ils la comprenueut de nos jours comme autrefois. Aussi ne foude-t-ou pas une institution de bieufaisanee, u’entreprend-on jjas une œuvre de charité, sans cjue la haute bauc]ue, les grands magasins, les grandes fabricpies y concourent avec un empressement des plus louables; ils senlent la nécessité de réparer un peu les maux dont ils sont involontairement la cause. 11 y a mieux. Nous reneontrons, et précisément dans la monographie du Jouet, un marchand cjui, grâce à sou génie spéculateur, devenu fondateur d’un grand bazar, puis propriétaire d’un grand magasin, a fini par créer tout un établissement d’assistance pour les enfants pauvres, cjui y sont reçus, nourris et instruits gratuitement, et, ne se contentant pas de sa générosité pour les enfants, il prodigue des vêlements et des secours considérables aux parents, leur offre des fêtes et des réjouissances publicjues. Voici donc que nous arrivons au panem et circenses, aux lar- (jites données à la plehs romaine.
L’analogie paraît lointaine et due au hasard d’un fait exceptionnel. Mais, ce cjui nous présente un rapport d’identité complet entre l’ancienne Home des Césars et l’état social et économique moderne, c’est la disparition
IXTRODUCTIOX A LAADISTIUE DU JOUET. 4T1
de tous les travailleurs et intermédiaires indépendants, au profit de quelques puissantes associations de production, de commerce et de spéculation financière.
La loi qui veut que tout travail abandonné à lui-même s’en aille de la production la plus coûteuse à la production la moins coûteuse, a prévalu à Rome comme dans la civilisation moderne, écrasant le travrail indépendant par celui des esclaves chez les Romains, par la machine et les asservis chez les modernes. Mais aussi le rapport d’identité s’arrête là. Rome, souveraine du rnoiide, a vu affluer chez elle, grâce à ses vastes compagnies pour l’exploilation des contrées conquises, et à l’action de ses proconsuls et propréteurs rapportant les fortunes amassées dans leurs gouvernements, toutes les richesses de l’uuivers, et \e jJaneni et circenaes^ comme les largiles, devinrent les moyens nécessaires et réguliers pour faire subsister la masse des citoyens ne gagnant plus rien par leur travail projjre.
Dans les Etats modernes, dont aucun n’a pris le vaste ascendant de Rome, l’exemple cité plus haut restera
donc une exception. Mais, tous les Etats modernes étant issus d’une même civilisation et ayant parcouru dans leur développement les mêmes phases — absolument comme les Etats de la Grèce eu leur temps — subiront aussi le même sort, sous l’action fatale de la loi du travail qui, livré à lui-même, entraîne la forma-