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APPEXDIGE.
lion de richesses et de misères également excessives.
« Qu’on se figure, écrit Fustel de Coulanges, dans chaque ville grecque deux classes ou deux sociétés, l’une qui possède et s’enrichit chaque jour, fière d’une richesse facile et avide à la conserver; l’autre indigente à la fois et paresseuse, jalouse autant que misérable, qui convoite la richesse et qui ne peut y parvenir.
« Ces deux classes d’hommes devinrent deux factions, le jour oii les pauvu^es comprirent qu’une révolution pouvait les faire riches; et à partir de ce jour il suffit que les pauvres sentissent leur nombre pour que cette révolution fût inévitable.
« Toutes les fois que nous voyons une guerre civile dans la cité, les riches sont toujours dans un parti et les pauvres dans l’autre (I). v
En nous traçant dans son Polijhe le tableau de la dissolution sociale et politique de la Grèce, Fustel de Coulanges a cependant commis une double erreur. Ne possédant aucune charte relative à la vie économique des individus, il a méconnu la loi qui régit toute anarchie du travail : la prédominance du travail esclave sur le travail libre et du travail asservi sur le travail indépendant. L’éminent historien écrit très sincèrement :
(l) Fustel le Coulanges, Questions historiques^ p. 126.
INTRODUGTIO-M a L’IMDUSTRIE du jouet. 473
« Chez nous, grâce à une circulation rapide et généralement juste, elle (Ja richesse) passe du riche au pauvre et dn pauvre au riche, courant de main en main et laissant partout quelque bien-être (I). « C’est également la croyance de toute une école de nos économistes, laquelle a enfanté une école contraire qui attribue à l’action qu’exerce la richesse toutes les misères et les souffrances, toutes les plaintes, grèves et révoltes des classes pauvres, absolument comme jadis en Grèce. La richesse en était la cause aussi peu en Grèce que chez nous ; mais uniquement !a loi qui régit toute anarchie du travail, et qui ordonne que le travail le moins coûteux et le plus asservi anéantisse le travail indépendant et plus coûteux, peu importent les formes et les noms que prennent production et échanges.
La seconde erreur de notre éminent historien n’a été que la conséquence de la précédente. Méconnaissant la cause véritable de l’accroissement des misères et des richesses chez les peuples, Fustel de Coulanges explique la dissolution dans laquelle il voit tomber la Grèce, par le défaut de patriotisme, le manque d’affection réciproque, la paresse et l’égoïsme des pauvres, l’égoïsme et l’ambition des riches, l’absence de vues politiques et sociales chez les malheureux Grecs qui, après avoir
(1) Ibid., p. 123
APPEXDICK.
atteint toutes les gloires, tombèrent dans tonies les dégradations.
Il nous raconte cependant que l’abolition des dettes et le partage des biens des riches étaient devenus un mal périodique, et qu’à chaque révolution les mêmes violences et les mêmes excès reparaissaient. Les pauvres, ayant un démagogue ou tyran à leur tête, se soulevaient contre les riches, abolissaient les dettes, partageaient les biens. Mais, nul d’entre eux n’ayant la connaissance des conditions du travail, et encore moins la pratique et l’exercice qu’il exige chez les peuples vraiment prospères, les biens partagés, les dettes abolies, le travail sous toutes ses formes, industrie, commerce, spéculation, reprenait les mêmes caractères qu’il avait auparavant j les uns recommençaient à emprunter aux antres pour subsister, et ceux-ci prêtaient aux premiers pour qu’ils achetassent leurs produits ; les asservis se remettaient à leur même besogne, les spéculateurs reprenaient les mêmes affaires, et, au bout d’une génération, les mécontentements et les misères, les haines et les luttes reparaissaient, jusqu’à ce que l’anarchie du travail ei'it entraîné l’anarchie intellectuelle et morale.
Thucydide écrit : «Plus la lutte se prolongeait, plus la perfidie des attaques et la cruauté des vengeances s’accusaient. Le sens des mots se perdit. L’exaltation fut confondue avec l’honneur, la prudence parut de la