‹ La scopolamine dans les syndromes parkinsoniens et extrapyramidauxChapitre 13 sur 23 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

(Recueillie dans le service du Docteur Froment.)

D. M., 41 ans, ménagère. Syndrome ‘parkinsonien post-encéphalitique.

Au cours de l’année 1920, pendant environ 6 mois, lg malade eut de continuelles envies de dormir. A la même époque, elle présente de la diplopie.

Au début de 1922, la malade s'aperçoit que ses membres inférieurs deviennent raides, ce qui l’empêche de marcher

Eee DO

correctement. Progressivement cette rigidité a gagné le membre supérieur et la face au point de déterminer des troubles de la parole et de la déglutition, Il lui est difficile d’écarter les mâchoires.

EXAMEN DU 23 JUIN 24 (épreuve de la scopolamine) : faciès figé, sans expression. Elle à de la difficulté pour tourner la tête ainsi que pour la mettre en extension, les yeux ont gardé leur mobilité, la parole est monotone, Au niveau des ,membres supérieurs, on constate une certaine rigidité, plus marquée du côté gauche. De ce même côté, on a le phénomène de la roue dentée et le mouvement de supination se fait par saccades, Tremblement léger au niveau des mains mouvement d’émietter du pain. Ecriture très difficile. Les réflexes tendineux ne sont pas modifiés. Si l’on fait marcher la malade, on constate qu’elle se déplace à petits pas inégaux et saccadés. Ses bras pendant la marche ne se balancent pas et restent collés au tronc. Si on la fait asseoir sur une chaise et qu’on lui renverse le tronc en arrière, ses jambes restent fléchies. Pouls à 75.

1 heure après injection de 0 gr. 0005 de scopolamine : la malade se plaint de ne pas y voir clair et d’éprouver des vertiges. Pouls à 80. Pas de modification des signes parkinsoniens,

2 heures après l'injection : amélioration nette, marche plus facile, les mouvements automatiques sont récupérés. Roue dentée à peu près disparue, le tremblement n’est plus décelable, sauf au niveau de la langue, Parole facile. Ecriture bien plus correcte. La malade est gaie, désire se lever. Aucune modification du côté des réflexes.

$ 2. — Scopolamine et syndromes striés

Etant donné cette action indéniable de la scopolamine sur les phénomènes propres au Parkinson et, en particulier, sur la contracture, on peut se demander jusqu’à quel point cette scopolamine ne peut avoir une action dans un certain nombre d’affections que l’on tend à grouper actuellement avec le Parkinson dans

un même syndrome strié.

Les centres striés auraient une action physiologique musculaire tonique, leur perturbation amenant des symptômes particuliers qui vont des mouvements choréiques à la rigidité musculaire en passant par le tremblement et l’athétose. On tend d’ailleurs à localiser plus exactement chaque affection : la chorée de Sydenham, la chorée chronique relèveraient de désordres transitoires ou permanents au niveau du néostriatum qui comprend le putamen et le noyau caudé, alors que le Globus Pallidus ou paleostriatum se voit attribuer la rigidité muscülaire, le tremblement, l’athétose, le spasme de torsion et un certain nombre de symptômes de la maladie de Wilson.

Quoi qu’il en soit, ces affections ont entre elles un air de parenté qui peut justifier l'essai de la même médication.

Cheynet a relevé un certain nombre d'observations d’athétose traitées par la scopolamine : chez chacun des malades, celle-ci paraît avoir agi d’une façon prompte et efficace, mais peu durable ; d’ailleurs, elle

avait été faite à des doses minimes, de 0 gr. 0001 à 0 gr. 0002.

Babinski a traité un certain nombre de chorées de Sydenham par le bromhydrate de scopolamine, à la dose de 0 gr. 0002 à 0 gr. 0005 par jour et a constaté une sédation rapide des mouvements choréiques. Dans un cas particulier, il s'agissait d’une chorée intense et tenace, qui avait jusque-là résisté à l’antipyrine, au chloral et à l’arsenic et qui continuait à s’aggraver, elle s’est atténuée dès que la scopolamine a été employée et a guéri ensuite très rapidement. Dans de tels cas, il est permis, en effet, de parler de guérison, puisque les lésions de la chorée de Sydenham sont passagères. Elle n’entraîne, en effet, qu’un déficit fonctionnel des centres touchés et l’action de la scopolamine peut dès lors être curative.

Clovis Vincent a traité une myoclonie par la scopolamine ; lors de l'interruption du traitement, les mouvements ne revinrent pas aussi intenses et aussi nombreux. Là encore, l’on pourrait parler d’effet curatif.

De toute manière, il semble que cette médication puisse s'étendre à un assez grand nombre d'états voi-

sins du Parkinson.

Voici une observation extrêmement intéressante, due à M. le Professeur Froment qui a bien voulu nous la laisser publier. Il s’agit d’un spasme de torsion typique, dans lequel la scopolamine a apporté une grosse

amélioration.

Page 1