OBSERVATION VI
(Docteur Froment.) B. M., 33 ans. Spasme de torsion.
En 1920, maladie de quelques jours indéterminée : histoire très floue d’encéphalite, seulement un peu de somnolence, pas de troubles oculaires, pas de myoclonies.
Début progressif de l’affection actuelle il y a un an par un peu de raideur du genou gauche, le malade signale que lorsqu'il portait le genou en avant il se redressait d’un seul coup, comme un ressort, Puis survinrent des contractions involontaires dans les muscles du dos qui obligent le malade à des mouvements de redressement du tronc pendant la marche, mouvements qu’il cherche à compenser par la flexion du tronc sur les cuisses.
EXAMEN DU 6 OCTOBRE 1924. — Le malade étant assis, le corps un peu incliné en avant, le spasme ne paraît qu’à certains moments, On note simplement une légère agitation des muscles: de la face, sortes de contractions fibrillaires amenant un mouvement de rapprochement des lèvres avec élévation de l’aile du nez du côté gauche. Dès qu’on lui fait serrer la main, le malade se renverse en arrière tronc et tête, la physionomie se crispe et l’on voit un mouvement d’élévation des sourcils. Les muscles du cou se contractent et, en particulier, le peaucier, avec un mouvement d’abaissement et de torsion de la bouche ; la main droite se place en attitude de main d’accoucheur.
Dès que le malade se redresse, on voit son tronc se renverser fortement en arrière, formant avec les membres inférieurs un angle de 110°, en même temps que les membres supérieurs se raidissent en extension. Le tronc dans cette attitude est en état d’oscillation permanente, Le malade ne pouvant éviter le renversement en arrière qu’à condition de se pencher en avant et de modifier constamment ses positions par de petits mouvements de salutation, Le spasme décroît au bout d’un instant, mais dès qu’il fait un effort,
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qu'il se fatigue, le spasme reparaît. C’est ainsi qu’examiné le matin avant d’avoir marché il ne présente aucun des troubles en question.
Le malade marche les jambes un peu raides et surtout la jambe gauche, elle s'étend à certains moments comme un 1essort et cette extension de la jambe gauche semble déclancher le spasme de torsion. Le malade remarque que, dans la marche lente, le spasme est beaucoup plus marqué que dans la marche rapide et c’est dans la course que le phénomène s’atténue le plus.
Réflexes rotuliens un peu vifs, achilléens normaux. Pas de Babinski. Les pupilles réagissent, Pas de tremblement. Ebauche de roue dentée dans la pronation, supination gauche, peu sensible dans l’extension de l’avant-bras.
1°" novembre 1924. — On commence la scopolamine à 0 gr. 00025. Aucun phénomène d’intoxication. Le malade se déclare un peu soulagé. Mais si les spasmes se renouvellent moins fréquemment, ils sont à peine moins intenses,
Jusqu'au 10 novembre 1924, doses journalières de scopolamine d’abord à 0 gr. 00025, puis à 0 gr. 0005, puis à 0 gr. 001. |
EXAMEN DU 10 NOVEMBRE 1924. — Sous l’action des injections quotidiennes d’un milligramme de scopolamine, on observe un grand mieux. Le malade va et vient bien plus facilement, lé spasme ne se reproduit pas pour la moindre cause, mais seulement à l’occasion des efforts violents, et encore est-il bien moins marqué et d’une durée plus fugace. La veille, le malade a eu seulement trois crises spasmodiques.
Le malade se déclare transformé et, très amélioré, il n’accuse aucun trouble, ni aucune intolérance pour la scopolamine, il demande formellement que l’on continue les injections.
La scopolamine a été employée par MM. Bériel et Devic dans un autre cas de spasme de torsion, rapporté dans le Lyon Médical du 25 mai 1924. II s’agit d’un malade assez superporable au précédent, où « les efforts déclanchaient toute une série de spasmes musculaires. La station debout faisait apparaître une lordose dont l’aspect rappelait celui des myopathies ». Les auteurs rapportent que l’hyoscine employée à la dose de trois quarts de milligramme par jour, per os, a un peu atténué la violence des spasmes.
ÿ 3. — Scopolamine
et contractures pyramidales
Devant ces résultats, on a pu être tenté d’administrer la scopolamine aux contractures pyramidales. Les effets obtenus viennent encore marquer la différence profonde qui sépare cliniquement les contractures pyramidales des extra-pyramidales.
Dans le parkinson, comme l'indique M. le Professeur Agrégé Froment, il semble que l’on soit en présence de muscles qui, de par leur tonicité, s'opposent aux mouvements actifs ou passifs que l’on veut leur faire exécuter. Dans la contracture pyramidale, par contre, la résistance croît au fur et à mesure que |: tend les muscles intéressés ; dans ce cas, on peut
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comparer ces derniers à un ressort toujours tendu qui cherche à faire revenir le membre en une place immuable. La rigidité du Parkinson, au contraire, fige les membres dans l'attitude qu’on leur a imprimé, les muscles ne sont pour ainsi dire jamais au repos. Essaie-t-on de modifier l'attitude, les antagonistes s'opposent immédiatement à l’agoniste pour lui faire respecter la position primitive quelle qu’elle soit et quel que soit le sens du mouvement ; le muscle parkinsonien tend toujours à se stabiliser en arrêt.
A la différence de ce qui se passe pour les contractures parkinsoniennes, la scopolamine ne modifie en rien les contractures pyramidales que l’on s’adresse soit à de vieux hémiplégiques, soit à des scléroses en plaques ; les phénomènes ne se modifient point, clonus et signe de Babinski persistent ‘avant comme après, sans modification en plus ou en moins.
Ainsi donc d’accord avec la clinique la scopolamine distingue les deux variétés de contracture qui paraissent aujourd’hui différentes dans leur essence. L’une, la contracture pyramidale libérant les centres sousjacents du contrôle des centres corticaux. L’autre, la contracture extrapyramidale mettant en jeu d’autres centres toniques et peut-être même d’autres mécanismes musculaires. Nous allons essayer de voir dans le chapitre suivant comment le rôle de la scopolamine peut être envisagé à la lumière de ces nou-
velles théories.
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