CHAPITRE IV
Modes d'administration
$ 1. — Posologie
Comme dans beaucoup d’autres cas, c’est la voie sous-cutanée qui est préférable à la buccale pour l’administration de la scopolamine. En effet, de cette manière, l'effet est bien plus constant, le dosage bien plus rigoureux. Nous pensons qu’il faut réserver l’ingestion aux Cas qui peuvent parfois se présenter en clientèle où la voie sous-cutanée est difficile à employer. Dans ces conditions d’ailleurs. même lorsqu'on lemploie concurremment à la teinture de jusquiame, les résultats observés ne peuvent être comparés à ceux
obtenus par l'injection.
Les poses. — Les doses sous-cutanées qu'avait indiquées Lannois comme début : le dixième de milligramme, semblent bien faibles. Et nous n’avons jamais vu apparaître d'accident en injectant d'emblée un quart de milligramme de bromhydrate ou de chlor-
hydrate de scopolamine. Peut-être d’ailleurs, d’après ce que nous avons dit plus haut, le sujet parkinsonien peut-il recevoir dans les conditions particulières où il se trouve, des doses plus fortes qu’un individu sain.
D'autre part, nous n’avons guère dépassé un milligramme et demi, cette dose semblant un maximum qu'il convient de ne pas dépasser, de crainte d’accident. Il ne faut d’ailleurs parvenir à ce chiffre que
progressivement.
LA DOSE PERSONNELLE. — Nous avons remarqué qu'il y a une sorte de coefficient personnel pour chaque malade, chacun se trouvant bien d’une certaine dose non déterminable d'avance et qui se trouve généralement située entre un quart et un milligramme. Par tâätonnements, on arrive à celle qui convient et on peul y rester souvent très longtemps en retirant toujours le même bénéfice, sans être obligé de passer aux doses
supérieures.
LE RYTHME DE L'INJECTION. — C'est encore là une question d'espèce qui ne peut être déterminée d’avance et qui dépend du temps pendant lequel la scopolaminc tient l'organisme sous son action En généra, nous espaçons les piqûres de 48 heures. Parfois, on peut laisser le malade pendant deux jours au repos complet : par exemple une piqüre de 1 milligramme tous les trois jours. Dans d’autres cas, il est préférable de se contenter d’une petite dose journalière, par exemple un quart de milligramme. De toute façon,
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il ne nous est jamais arrivé d’avoir à faire plus d’une piqûre par jour.
L'HEURE DE L'INJECTION. — M. le Professeur Agrégé Froment tenant compte des deux phases distinctes d'action de la scopolamine, insiste sur l'importance du choix de l'heure de l'injection.
La première phase, que l’on pourrait appeler periurbatrice, est caractérisée par des phénomènes de dépression le plus souvent, mais parfois d’excitatiot:, voire même de délire.
Sa durée est éminemment variable. Tantôt courte. comme chez ce malade qui, sorti de chez son médecin, où il venait de se faire faire une piqûre, éprotivait des phénomènes vertigineux à peine arrivé dans la rue et avait quelques difficultés pour rentrer à son domicile. « J’étais comme ivre », disait-il, assez mécontent. On conçoit dans ce cas et dans tous ceux semblables, qu’il y ait intérêt à ce que la piqûre soit faite avant même que le malade ne se lève, pour qu’il puisse franchir cette étape de troubles dans les meilleures conditions requises.
Cette période peut être plus longue : trois ou quatre heures ; et il est des malades qui n'hésite pas à s’éveiller en pleine nuit pour se faire leur piqüre et ainsi arriver au matin dans la phase active et pourrait-on dire, bienfaisante de la scopolamine ; tel ce malade qui nous racontait que durant toute Pépoque des vendanges, il se piquait à quatre heures du matir:
pour pouvoir aller quand même à son travail au petit
jour.
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D'autres parkinsoniens trouveront leur intérêt dans la piqûre faite le soir, avant de se coucher, lorsque la période perturbatrice est anormalement longue. Ces cas étant cependant rares, il ne faudrait point, comme dit M. Froment, « déchaïner le prisonnier pendant qu'il dort ».
Il nous faut ajouter d’ailleurs que pas un malade n'hésite entre le petit inconvénient de cette période et l’avantage qu'il sait devoir retirer de son injection. Toutefois, on conçoit l'intérêt qu’il y aura, lors d’un début, de le prévenir tant pour lui que pour son entourage, de ce qui va, sans doute, se passer.
LA NATURE DE L'INJECTION. — Il faut enfin signaler que toutes les piqûres n’agissent pas, alors même que lon emploie des marques qui semblent offrir toute garantie. Ce fait pouvant faire croire au malade, voire même au médecin, à un épuisement de l’action du médicament. La cause en vient sans doute d’impuretés variant suivant les échantillons. La scopolamine étant tirée du résidu de la fabrication de l’atropine et de l’hyosciamine, à partir de la jusquiame, on comprend que cet alcaloïde puisse rester associé à une quantité plus où moins grande d’alcaloïdes étrangers. Le malade d’ailleurs s'aperçoit lui-même rapidement si sa piqûre doit agir ou non. Et nous en avons vu qui pouvaient, simplement par l'effet ressenti, nous déclarer si nous avions employé la scopolamine de la pharmacie de lhôpital où un échantillon d’hyoscine du commerce, l’un et l’autre devant être chimiquement semblables cependant.