‹ La scopolamine dans les syndromes parkinsoniens et extrapyramidauxChapitre 19 sur 23 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La Toxicité Ù

$ 1. — Les fortes doses

L'action toxique est indéniable dès que l’on s’approche de 2 milligrammes ou au-dessus. À ces doses apparaît d’abord une dilatation pupillaire, très prononcée, dix minutes après l'injection ; le pouls devient rapide, le sujet éprouve une légère sensation de vertige. Si la dose est plus forte, le vertige s'accroît à tel point que la station debout et la marche deviennent impossibles. Le sujet se plaint de sécheresse de la gorge. Il tombe dans une sorte d'ivresse comparable à celle de l'alcool, il est pris de délire, éprouve des perversions sensorielles de la vue, de l’ouïe, de l’embarras de la parole, du tremblement de la langue. Au bout de 4 à 5 heures, les signes d’excitation commencent à disparaître pour faire place à une lourde somnolence, au réveil le patient reste plongé dans un état d’affaissement marqué.

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A doses plus élevées encore, la scopolamine provoque des troubles de la respiration et de la déglutition et le coma.

Pour ce qui est de l’action défavorable sur le cœur, elle semble avoir été manifestement exagérée. Konrad, Bruce repoussaient même l'emploi de l’hyoscine chez des malades présentant des lésions cardiaques. Krauss, de Rubert, et plus près de nous, M. Rebattu, déclarent qu’il n’existe pas de contre indications cardiaques. L'augmentation du nombre des pulsations qui se manifeste quelques minutes après l’injection des doses moyennes de scopolamine est toujours éminemment momentanée. Cheynet relate le cas d’un malade porteur d’un rétrécissement mitral qui, pendant trois mois, fut soumis au traitement par le chlorydrate d’hyoscine, aux doses moyennes de un demi milligramme, sans aucun accident cardiaque.

En définitive, les doses toxiques d’hyoscine semblent agir en déterminant quelques troubles de la conscience et surtout des phénomènes bulbaires, fait qui ne peut que confirmer l’hypothèse voulant voir dans l’action de la scopolamine une inhibition des centres tonigènes bulbaires en hyperfonctionnement. A petites doses, elle modère ce qu’ils ont de déréglé, lui apportant en quelque sorte un frein. À plus forte dose, l’action se poursuit toujours dans le même sens, mais

en arrive à l’intoxication.

$ 2. — La répétition des doses

La répétition des doses dans le temps arrive-t-elle à provoquer une sorte de « scopolaminomanie », comparable à la morphinomanie ? C’est là une des questions les plus intéressantes à résoudre, pour savoir si l’on est en droit de traiter les parkinsoniens par ce remède.

En premier lieu provoque-t-elle une cachexie analogue à celle observée à la suite de l’injection prolongée d’un certain nombre d’autres stupéfiants. Et d’autre part, son action s’émousse-t-elle lentement ou rapidement avec comme corollaire l'obligation d’augmenter les doses. Si l’on considère les cas de Parkinson anciens traités de cette manière, on peut relever des observations où l’on voit des malades soumis pendant quatre, cinq et même dix ans à ce même remède sans répercussion sensible sur leur état général. Il ne semble pas que leur santé ait été sensiblement plus atteinte que celle d’autres malades chez qui l’on s'était abstenu, et que l’on pouvait de la sorte considérer comme des témoins. Cependant, durant toute cette longue période, ils avaient toujours tiré un bénéfice quotidien de leur traitement.

Le cas le plus long de parkinsonisme post-encéphalitique qu'il nous ait été donné de suivre est celui du malade de l’observation N° III Ce malade a reçu sa première injection de scopolamine de un deti milligramme le 4 mars 1922. Pendant une année, il est

resté au régime d’une piqûre d’un demi milligramme tous les deux jours. Puis, il y a eu successivement des doses journalières de %, 1 et 1 milligramme et demi.

Depuis trois mois, il reçoit un milligramme et demi tous les jours. Ce malade est, à l’heure actuelle, dans un état de santé aussi satisfaisant que possible; aucun signe ne vient déceler une atteinte de l’état général, la piqûre amène toujours la même sédation. Avant d’être sous son influence, on peut le voir étendu sur son lit dans l'impossibilité absolue de marcher sans se faire aider par un ou deux de ses camarades, incapable de s’alimenter ou de faire quoi que ce soit seul ; après la piqüre, il va et vient dans la salle, vaque à ses occupations, aide pour les menus besoins du service. Voici donc un malade qui reçoit de la scopolamine toujours avec bénéfice, sans que les doses aient été augmentées d’une manière très considérable depuis bientôt près de trois ans.

Le malade de l’observation IV est soumis au même traitement depuis près d’un an, de même que celui de l'observation V. Tous les autres très nombreux cas qu’il nous a été donné de suivre, ont été soumis à la scopolamine durant 6 à 9 mois, puis ont poursuivi chez eux. Chez aucun, nous n’avons observé de signes de déficience physique marquée, si ce n’est ceux inhérents à l’évolution très lente de l'affection dont ils sont frappés.

Somme toute, pas de retentissement marqué sur l’état général, malgré la longue prolongation des doses. Et, d’autre part, pas d’épuisement trop rapide de

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l’action thérapeutique comme avec tant d’autres médicaments. Schaltenbrand partage d’ailleurs ces vues et déclare que «la scopolamine ne provoque pas de cachexie comme la morphine (du moins on n’en a point d'exemples) ; elle conserve toujours son activité thérapeutique, activité qui en justifie formellement l’emploi chez les parkinsoniens ».

Cependant, il faut noter que la suspension du traitement, lorsque le malade y est soumis depuis un laps de temps assez long, provoque une aggravation subite des symptômes. Chez les parkinsoniens frustes d’ailleurs l’aggravation qui résulte de l’arrêt de la scopolamine peut faire place au bout de quelques jours à une sédation spontanée sans nouvelle administration. Ces phénomènes peuvent rappeler les accidents de démorphinisation, sans cependant que nous ayons vu un cas où ils aient pu faire courir quelque danger au malade.

En définitive, là encore, les avantages de la scopolamine l’emportent nettement sur ses quelques inconvénients et cette longue tolérance de l’organisme pour la médication, ainsi que son peu de toxicité en font un des principaux arguments en faveur de son emploi.

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