CHAPITRE PREMIER
Pharmacologie de la Scopolamine
La scopolamine est un des alcaloïdes retirés de la Jusquiame. Sous ce nom, on désigne plusieurs variétés du genre Hyoscyamus. C’est d’ailleurs à la jusquiame noire ou Hoyscyamus Niger que l’on a le plus fréquemment recours, car c’est elle qui est la plus commune : on la retrouve en abondance dans toute l’Europe, en particulier dans la région méditerranéenne.
Elle appartient à cette famille des solanées, dont on a retiré tant d’alcaloïdes ; et d’ailleurs beaucoup de ses propriétés, tant chimiques que physiologiques, s’apparentent à celles générales de ce grand groupe.
Depuis longtemps la jusquiame possède une place dans la pharmacopée. A tel titre qu’elle était déjà employée par Dioscoride et Coelius Aurelianus, qui avaient été frappés par ses propriétés sédatives. Mais ce n’est qu’au début du xix° siècle que l’on s’attache à
découvrir les principes actifs de cette plante, dont l’empirisme seul avait montré jusque-là l'efficacité.
C’est en 1820 que Brandes en isole un premier alcaloïde qu’il nomme Hyosciamine. Un peu plus tard,
cette hyosciamine est identifiée par Ladenburg, avec la Duboiïsine que Gerrard avait découvert dans le « Duboïsia Myaporoïdes ».
Très analogue à l’atropine, l’hyosciamine ou duboïsine ne possédait pas toutes les propriétés de la plante d’où elle était tirée. Bien plus, l’'hyosciamine amorphe avait une action plus étendue que lhyosciamine cristallisée.
Il était naturel de penser à la présence d’un autre corps et c’est Ladenburg qui, en 1880, isole l’alcaloïde que l’on entrevoyait, des eaux mères de la préparation de l’hyosciamine. C'était là l’'Hyoscine. Puis, en 1890, Schmidt retire du Scopolia Japonica et Atropoides un principe qui prend nom Scopolamine et ce même auteur montre que l’'Hyoscine de Ladenburg, retirée de la jusquiame, est identique à la scopolamine.
On se trouve donc en présence de quatre alcaloïdes se réduisant en définitive à deux, d’une part Hyosciamine et Duboisine, d’autre part Hyoscine et Scopolamine. Le premier est peu employé à l'heure actuelle, car il possède un effet moindre que l’autre, c’est du second que nous voulons parler dans le cours de cet exposé et aujourd'hui le terme de Scopolamine étant le plus en usage, c’est lui que nous emploierons le plus volontiers.
Au point de vue physique, la scopolamine se présente sous forme de cristaux prismatiques fusibles à 59°, peu solubles dans l’eau, très solubles dans l’alcool et l’éther. En thérapeutique, on l’emploie sous forme de sels : soit bromhydrate, soit chlorhydrate.
Chimiquement, la scopolamine est un alcaloïde na-
ce
turel que l’on retrouve encore dans un grand nombre de solanées à côté de l’atropine et de l’hyosciamine. Mais alors que ces deux corps sont deux tropéines isomères qui, toutes deux, se dédoublent par hydrolyse en tropine et acide tropique, la scopolamine, elle, donne naissance à une molécule d’acide tropique et une de scopoline.
Schmidt assigna à la scopolamine la formule brute C 17 H 21 NO 4 ; par la suite, elle fut vérifiée par les travaux de W. Luboldt, K. Hess et Gadamer, ce dernier montrant que la scopoline résulte de la fusion d’un noyau pipéridique et d’un noyau pyrolidique.
Les travaux de Combemale, Mairet, Gley, Laurent fixent les principaux points de la physiologie de cet alcaloïde.
Frès comparable à l’atropine, comme elle substance amphotrope, ainsi que l’a montré Danielopolu, elle possède à dose moyenne une action sympathicotonique énergique. De même que latropine, elle provoque la mydriase, elle accélère le cœur, élève la tension et modère les secrétions.
Dans leur Phytothérapie, MM. Pic Er BoNNaMoURr ont ainsi résumé son action : « L’hyoscine a les mêmes propriétés physiologiques que l’hyosciamine et est même plus active. Elle est également un hypnagogue et un sédatif remarquable du système nerveux. Sur les nerfs d’arrêt du cœur, son effet est le même que celui de l’atropine, c’est-à-dire qu’elle exerce sur eux un effet inhibiteur. Avec des doses trop fortes, on voit survenir du vertige, du délire avec illusions et hallu-
cinations et des convulsions. »
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