LIT
intéressante lorsqu'il s’agit d'étudier les résultats d’une thérapeutique. À vrai dire, l’on a cité des exemples de syndromes parkinsoniens régressifs, bien rares cependant. Il s’agit alors, sans doute, d’un symptôme surajouté à la période aiguë encéphalitique, apportant une perturbation momentanée au fonctionnement des centres définitivement lésés dans le Parkinson vrai. Comme le fait remarquer Ernst, les syndromes parkinsoniens qui doivent guérir, survivent peu à l’encéphalite aiguë et s’éteignent avec elle ou peu après elle.
Pour ce qui est des autres cas, encore plus rares, de parkinsonisme postinfectieux régressifs ou même stationnaires, le temps pourra seul prouver qu’il ne s’agit pas seulement d’une régression plus ou moins momentanée et plus ou moins prolongée, cette évolution lente et progressive pouvant s’échelonner sur des années. Tous ces faits montrent qu’il faudra être prudent pour affirmer la valeur d’une médication dans ces états ; les remèdes ont été expérimentés en grand nombre, pas un n’a pu faire sa preuve curative, et c’est encore la scopolamine qui donne les résultats les plus encourageants, résultats temporaires sans doute, mais au moins les plus constants.
Ces résultats, il nous faut les étudier maintenant, dans chacune des manifestations du Parkinson.
LE TREMBLEMENT ET LA SCOPOLAMINE. — II est remarquable de considérer que chez beaucoup de parkinsoniens jeunes la contracture l'emporte sur le tremblement. On retrouve moins fréquemment chez
le
eux ces tremblements interminables, monotones, à gestes indéfiniment renouvelés que l’on observe chez les vieux parkinsoniens. Souvent, le tremblement est faible, difficile à retrouver, quoique assez constant au niveau de la langue.
D'ailleurs, quand il existe, il présente des variations. Il peut se calmer si l’on change passivement de place le membre qu’il anime. Le plus souvent, il n’est point constant dans son intensité, c’est ainsi qu’il traverse des périodes alternatives de calme, puis d’exacerbation d’une durée de huit à quinze jours.
Dans ces conditions, étant donné cette irrégularité de symptomatologie, l’action de la scopolamine est plus difficile à constater que celle relatée sur parkinson ancien. Cependant, toutes les fois qu’il existe, il est au moins diminué d'amplitude, parfois même disparaît, ainsi que dans certaines des observations que nous rapportons plus loin.
D'une manière constante, cette action est toujours transitoire, passant par un maximum en général au bout de une à deux heures ; l’action commence à décroître cinq à six heures après la piqûre, pour ne plus se faire sentir une fois les vingt-quatre heures achevées. Quelquefois, nous avons vu la scopolamine ne pas avoir d’action sur le tremblement, la dose en étant sans doute trop faible ; car, en augmentant celle-ci, l’action s’est toujours manifestée.
Il semble d’ailleurs que lorsque la scopolamine n’arrête pas complètement le mouvement, elle fasse retrouver partiellement au malade le contrôle de sa musculature ; ainsi, dans un cas de mouvements à
nt et
grandes oscillations, le malade déclarait pouvoir arrêter volontairement le mouvement bien plus facilément après la piqûre.
Quoi qu'il en soit, ce n’est pas tant d'habitude du tremblement que se plaint le malade, mais bien plutôt de la contracture, qui lui rend extrêmement difficile les mouvements qu’il veut exécuter.
LA RIGIDITE ET LA SCOPOLAMINE. — Cette contracture est toujours, en effet, le phénomène objectif dominant. Elle présente des localisations diverses, soit qu’elle affecte tout l’ensemble locomoteur, soit qu’elle adopte une disposition hémiplégique, paraplégique ou monoplégique. D’ailleurs, la gamme de ses degrés en est étendue, depuis les troubles difficilement perceptibles du début de l’affection jusqu’à ces membres soudés d’un bloc, inutilisables, qui la caractérisent après une plus ou moins longue évolution. Toutefois, elle est plus constante que le tremblement et ne présente pas, comme ce dernier, des périodes alternatives de calme, puis d’exacerbation ; si bien qu'elle pourrait être un test beaucoup plus manifeste pour apprécier l’action de la scopolamine.
De toute manière, il n’est pas de Parkinsoniens rigides qui ne tirent un bénéfice de l'injection de scopolamine. Cependant, ce n’est pas systématiquement que toutes les piqûres agiront. Dans le nombre, il en est qui n’ont pas de résultats sans que l’on puisse apprécier exactement la cause. Il semble cependant que cette action inégale est due à des variations de la teneur en alcaloïde de la solution injectée ou plus
ur à
exactement de la valeur même de l’alcaloïde ; à même dose, l'effet pouvant ne pas être semblable d’un échantillon à l’autre et d’un jour à l’autre.
Si l’on se place au seul point de vue subjectif, on peut déclarer que le résultat est constant, car d’une manière générale, tous les malades à qui l’on vient de faire une injection, déclarent qu’ils sont moins raides, que leurs mouvements deviennent plus faciles, qu'ils sont soulagés. Cette sensation qu’ils éprouvent est vérifiée d’ailleurs par ce que l’on constate grossièrement, il est de ces malades qui peuvent marcher, peuvent écrire, voire même jouer du violon, toutes choses qu’ils auraient été dans l’impossibilité d’accomplir avant leur piqûre.
Nous tenons à faire remarquer qu’il ne s’agit pas là de phénomènes de kinésie paradoxale décrits par Souques, car dans ce cas le phénomène dure toujours peu et le malade au lieu d’accuser la sensation de soulagement, de bien-être d’après la scopolamine, a été obligé, au contraire, d'effectuer un effort violent volontaire pour arriver à contraindre ses muscles à lui obéir pour un court instant.
Si ces résultats là sont bien tangibles et font un des principaux arguments en faveur de l’emploi de lascopolamine, la difficulté surgit dès que l’on veut aller plus avant, lorsque l’on veut apprécier objectivement les modifications du degré de contracture, en particulier si l’on s’adresse aux cas moyens ou frustes. La difficulté résidant dans ce fait que nous apprécions ma} la contracture et surtout ses modi-
fications.
M. le Professeur Froment a cherché à mettre en évidence un certain nombre de tests grâce auxquels on pourrait arriver à mesurer ces modifications.
La flexion active ou temps que met un segment de membre à se déplacer est sujette à caution, étant trop sous la dépendance du sujet, la résistance au mouvement passif est difficile à apprécier quantitativement.
Un des phénomènes qui nous a paru le plus constant après l'injection de scopolamine est la disparition ou l’atténuation dans une énorme proportion du phénomène de la roue dentée, soit que l’on considère celle obtenue en fléchissant l’avant-bras sur le bras, soit dans les mouvements de supination du poignet. Mais, malheureusement, cette roue dentée presque pathognomonique, ne se retrouve pas chez tous les parkinsoniens ; il nous a d’ailleurs semblé qu’on l’obtenait d’une manière plus constante au niveau du poignet qu’au niveau du coude où on la recherche d'habitude.
Parallèlement à la recherche de la roue dentée, nous avons essayé chez nos malades, avant et après scopolamine, le phénomène du ballottement. Là encore, la différence est bien nette ; on a la sensation d’avoir en main un membre bien plus souple qu’auparavant.
Enfin, dans le inême ordre d’idées, nous avons recherché, avec M. Froment et Mille Loyson, si les réactions électriques du muscle parkinsonien présentaient des différences avant et après scopolamine. La contraction du muscle malade ne ressemble pas à celle du muscle sain. Cette différence qui est bien notée dans les travaux de Marinesco, de Pierron, porte sur la
re;
décontraction ; après l'excitation galvanique, le muscle présente son gonflement habituel, puis la période de décontraction est allongée avec une exagération manifeste du soulèvement normal que l’on constate à cette période. Le muscle revient ensuite lentement à son état primitif. La courbe ainsi obtenue présente des analogies avec les myogrammes des animaux ayant subi une piqûre de vératrine. Ces deux courbes sont caractérisées par le double soulèvement et la lenteur de la décontraction. Après la scopolamine, le soulèvement secondaire, le nez de Funke, tend à s’aplatir et le muscle à revenir plus rapidement à son relâchement primitif.
Cependant, ces phénomènes, parfois nets, ne nous ont paru ni assez constants ni assez accusés pour que l’on puisse encore en tenir compte.
LES AUTRES SIGNES DU PARKINSON ET LA SCOPOLAMINE. — Une question particulièrement intéressante était l’action de la scopolamine sur les RÉFLEXES des parkinsoniens. Mais avant de constater un effet, il faut savoir ce que sont ces réflexes, or cette question ne semble pas être résolue ; si on relit soit les traités classiques, soit les plus récentes publications, on est frappé des discordances ; tantôt, ils sont affaiblis, tantôt normaux, tantôt exagérés. À vrai dire, il semble que la réflectivité soit peu touchée, qu’elle persiste dans le même état qu'auparavant avec des variations telles que l’on peut difficilement établir une règle générale. Il est même frappant que chez certains
—— Jp
de ces malades complètement rigides, il est des cas où l’on peut obtenir des réflexes vifs.
Pourtant, Magalhaes Lemos a voulu voir dans l’action de la scopolamine, une sorte de libération du muscle ; les réflexes lents avant l'injection apparaïitraient plus vifs, pouvant même laisser déceler sur un sujet une atteinte de la voie pyramidale par l’apparition d’un clonus qui n’existait pas auparavant. L’opinion est séduisante de prime abord, mais les réflexes ne sont pas affaiblis d’une façon constante chez tous les parkinsoniens, tantôt faibles, tantôt normaux, tantôt forts, comme nous l'avons dit ; et dans les cas que nous avons examinés, nous n'avons pas pu voir cette scopolamine apporter une modification à la réflectivité. L’atteinte de la voie pyramidale peut se déceler, sans avoir recours à la médication. Rigidité parkinsonienne et signes d’irritation pyramidale, clonus, babinski, peuvent coexister chez le même malade, ces derniers apparaissant avant comme après scopolamine, les modifications des réflexes ne semblant dépendre que de l’atteinte de la voie pyramida'e.
Plus intéressants sont les résultats constatés lorsque l’on cherche l'effet de la scopolamine sur LES MOUVE- MENTS ASSOCIÉS ET AUTOMATIQUES. Dans la plupart des cas, nous les avons vus réapparaître sous son influence. Ce parkinsonien qui déambulait il n’y a qu’un instant de son pas d’automate, tout le haut du corps soudé d’une pièce, on le voit marcher, trente ou quarante minutes après scopolamine, d'un pas presque normal, les bras animés du mouvement de halancier
habituel,
Ce fait que nous avons presque toujours retrouvé, s’accorde mal avec la thèse qui veut voir dans le parkinson une lésion d’un centre des mouvements automatiques, la perte de ces mouvements entraînant ja rigidité. Il est peu vraisemblable que ce « condaruné au mouvement volontaire à perpétuité », comme l'ont si joliment écrit Mrs Vergez et Hesmard, puisse retrouver sous l'influence de la scopolamine tout ou partie de la spontanéité de ses mouvements. Le fait cbservé s'explique mieux si l’on veut considérer cette perte des mouvements automatiques comme étant sous la dépendance même de la rigidité parkinsonienne, cette perte est non pas la cause de cette rigidité, mais bien son effet ; si cette dernière s’atténue comme avec la scopolamine, les mouvements automatiques tendront à réapparaître.
La SÉCRÉTION SALIVAIRE si abondante et si gênante du parkinsonien est tarie du tout au tout par l’injection de scopolamine et ce dans les dix à quinze minutes, qui suivent l'injection. Le fait n’est pas pour surprendre étant donné les analogies entre la spololamine et l’atropine et l’action bien connue de cette dernière sur les sécrétions. L’alcaloïde agit d’ailleurs de même sur la SUEUR.
Après scopolamine, la PAROLE du parkinsonien, trainante et embarassée, comme si les muscles du larynx et de la langue étaient eux aussi intéressés par la rigidité, devient plus claire et plus forte.
L'ÉCRITURE elle-même s’améliore, on le conçoit facilement étant donné la trève apportée à la contracture et au tremblement. La micrographie si caractéristique
MENT peu
de l'écriture du parkinsonien tend à diminuer ou tout au moins les caractères restent lisibles sur un bien plus grand nombre de lignes qu'auparavant. Cette micrographie semble bien être sous la dépendance de la viscosité motrice, car le parkinsonien écrit ses premiers mots ou ses premières lettres à peu près normalement, puis rapidement les caractères deviennent menus, puis microscopiques; si on le laisse reposer un instant, il repart en caractères gros, qui vont décroissant plus rapidement que la première fois. La scopolamine semble reporter plus loin cette rapide décroissance, l'écriture nécessite d’ailleurs alors un bien moins grand effort chez le parkinsonien.
L'ACCÉLÉRATION CARDIAQUE a toujours été minime aux doses que nous avons employées (de un quart à un milligramme et demi). La TENSION ARTÉRIELLE prise d'heure en heure après l'injection ne nous a pas montré de variations notables. Mais parfois l’on constate des phénomènes vaso-moteurs assez marqués dans les quelques minutes qui suivent l'injection, tels que bouffées de chaleur au niveau du visage sensations légères d’étourdissement. |
Pour ce qui est du retentissement sur les centres supérieurs, il semble que l’on puisse distinguer deux phases. La première qui suit immédiatement l’injection dure une, deux heures et quelquefois plus : 7, 8 et 12 heures. Durant toute cette période, le malade est un peu obnubilé, à tendance à s'endormir, accuse quelques bourdonnements d'oreilles. Parfois même, on se trouve en présence d’un véritable délire ; le terme est peut-être cependant un peu fort et nous ne
voulons pas par là marquer une analogie avec le délire atropinique. Il faudrait plutôt parler d’une sorte d’état confusionnel surtout pénible pour l'entourage s’il n’est point prévenu ; il s’agit d’ailleurs là d’un cas extrême. Quoi qu’il en soit, nous verrons plus loin tout l'intérêt qui se rattache à cette période au point de vue de l’administration du médicament.
Puis suit la deuxième phase ou l’action de la scopolamine devient alors tangible, le malade éprouve une sensation de soulagement, le tremblement diminué ou disparu, les membres bien plus souples, la salivation tarie, il semble reprendre contact avec le monde extérieur.
On conçoit, dans ces conditions, que la scopolamine puisse avoir une influence heureuse sur l’état mental de ces malheureux qui, pour une certaine période, vont se retrouver dans un état presque normal.
Voici quelques observations faisant suivre l’action de la scopolamine dans un certain nombre d'états
parkinsoniens.