DES RAPPORTS DE LA SCROFULE AVEC LA TUBERCULOSE
Le médecin qui a observé un grand nombre de scrofuleux n’a pu manquer d’être frappé par la fréquence avec laquelle on peut mettre en évidence la tuberculose chez de tels sujets.
Chez ces malades, certains accidents sont indiseutablement ‘tuberculeux ; d’autres, au contraire, voient leur véritable nature rester méconnue, si l’on ne s’attache pas à la rechercher tout spécialement, tant par les méthodes cliniques que par celles que le laboratoire met largement à notre disposition.
C’est ainsi que nombre de manifestations de la scrofule proprement dite, (affection considérée longtemps comme n'étant pas d’origine tuberculeuse et non de ce qu’il est convenu de nommer scrofulo-tuberculose) sont rapportées aujourd’hui à la bacillose par la majorité des auteurs: tel est le cas, par exemple, pour l’érythème induré de Bazin. De multiples travaux semblent prouver que le lupus érythémateux reconnaît la même cause: $. Ehrmann, pour ne citer que cet auteur, chez 42 malades atteints de lupus érythémateux, a pu trouver une tuberculose coexistante certaine chez 31 d’entre eux; elle était plus que vraisemblable chez 7 autres ; dans 4 cas senlement il n’a cru pouvoir l’affirmer d’une façon tout à fait ferme. C’est vraiment là une proportion bien forte pour ne voir entre le lupus érythémateux et la tuberculose qu’un simple rapport de coïncidence!
22 On Les
Pour notre part, nous avons surtout observé de nombreux cas d’adénite scrofuleuse à différentes périodes de leur évolution: période inflammatoire, période de suppuration, fermée ou fistulisée. Rien, cliniquement, ne nous à permis de ranger les unes dans la scrofule proprement dite, et les autres dans la scrofulo-tuberculose.
De volume variable, ces ganglions appartiennent surtout aux chaînes cervicales antérieures et sousmaxillaires, formant lorsqu'ils ne sont pas suppurés, des masses assez importantes, indolores, dans lesquelles les limites ganglionnaires restent assez net tes: cependant il existe quelquefois 1 un peu de péri adénite.
A la période suppurative, la peau peut assez longteraps conserver un aspect normal, ne subissant quelquefois aucune modification jusqu’à la guérison du malade, si, par un traitement approprié, l’on arrive | à prévenir l’ouverture spontanée du foyer. Maïs à la longue, surtout en l’absence de toute thérapeutique, la péri-adénite apparaît, s’étend petit à petit, la masse ganglionnaire adhère en quelques points à la peau qui s’amincit de plus en plus, prend une teinte rouge violacée, plus ou moins livide. Parfois l’adénopathie revêt une allure tout à fait inflammatoire: téguments rouges et chauds, douleur un peu lancinante spontanément, exagérée par la palpation et les mouvement. L’acuité de cette dernière n’est cependant jamais très vive.
À ce moment, la fluctuation devient tout à fait nette et la ponction ou l’ouverture spontanée, permet-
ARNT tR
tent de recueillir du pus en général grumeleux, mal lié et jaunâtre, pus d’aspect tuberculeux classique. Bien souvent, cependant, nous avons trouvé un pus parfaitement homogène, et sans aucun grumeaux.
L'ouverture de l’abcès ganglionnaire, lorsqu'elle se produit, se fait par une ou plusieurs fistules à bords décollés, séparées quand elles sont voisines par des ponts charnus plus ou moins larges. Abandonnée à elle-même, la suppuration peut durer des semaines, des mois ; fermées, ces fistules laissent à leur place des cicatrices blanchâtres, cheloïdiennes tout à fait caractéristiques.
Aucun symptôme clinique caractéristique ne nous ayant permis de séparer ces adénopathies en scrofuleuses pures et scrofulo-tuberculeuses, nous avons pensé que cette distinction pouvait bien n'être que toute schématique, puisqu'elle ne correspondait pas à la. réalité des faits que nous observions.
Aussi, après nous être assuré qu’il ne pouvait s’agir dans les cas dont nous pratiquions Pétude, ni d’une mycose sporotrichose ou actynomycose, ni d’une néoplasie ganglionnaire (affections que noux avons vu quelquefois être cataloguées comme scrofuleuses à la suite d'examens un peu trop rapides et superficiels), nous nous sommes attachés à rechercher systématiquement la tuberculose au niveau des lésions rencontrées chez nos malades. Tous ces sujets, d’ailleurs, ont une cuti-réaction à la tuberculine for. tement positive: c’est là un fait sur lequel Mercier des Rochettes à déjà insisté, l’ayant observé même chez les scrofuleux les plus jeunes.