OBSERVATION IV
Ulcérations scrofuleuses de Ja face et du cou. Adenopathies cervicales suppurées. Guérison rapide par le novarsenobenzol. |
Mme KR... Pierrette, âgée de 31 ans, entre à l’hôpital, le 29 août 1929, salle Beau, lit n° 5. i Elle nous est adressée pour des adénopathies cervicales suppurées et une vaste nappe ulcéreuse de la joue et de la région cervicale droite.
- Ses parents sont en parfaite santé. Elle a un frère rhuinatisant ef cardiaque. Réglée à 14 ans, elle n’a jamais été très robuste. Elle a toujours eu des pertes blanches et était, dit-elle « de tempérament lymphatique et anémique. »
À 18 ans, elle fait un séjour de 10 mois dans un sanatorium pour une lésion du sommet pulmonaire gauche. Mariée en 1919, elle a eu en 1920 une premier enfant qui est actuellement bien portant ; elle fait en 1924 une fausse couche de : mois, et en 1925, elle accouche d’un seæond enfant qui n'a jamais été sérieusement malade. Son mari est en bonne santé.
C’est au mois de janvier 1927 que cette malade s’est aperçue que des adénopathies se développaient dans les régions sous-maxillaires et cervicales droites. Les ganglions se ramollissent bientôt et au mois de juin 1927 elle part à Berk où, en même temps qu’elle se soumet à la cure marine, elle subit plusieurs ponctions ganglionnaires évacuatrices, avec injections consécutives de liquide modificateur (liquide de Calot). Aucune amélioration notable n’ayant suivi ce traitement, un chirurgien lui fait un drainage filiforme qui n’a d'autre résultat que de fistuliser les ganglions ainsi traités. Autour des fistules vont alors se développer des ulcérations qui empiètent sur la joue au devant de l’oreille.
Elle revient alors à Paris, va consulter à l'hôpital Saint-Louis où l’on pratique un curettage de la région.
Elle fait peu après un érysipèle de la face qui nécessite
son hospitalisation à Claude Bernard, d’où une fois guérie de sa strepto-dermite, notre collègue Delarue veut bien nous l’adresser.
Dès l’abord de cette malade, on est frappé par un vaste placard violacé siégeant sur la joue et le cou du c: té droit. Etendu, en hauteur depuis une horizontale passant par le bord supérieur du conduit auditif jusqu’à 8 travers de doigt au-dessous du bord inférieur du maxillaire inférieur, il siège, en largeur, depuis le bord antérieur du conduit auditif, jusqu’à 5 centimètres en arrière de la commissure. Sur cette nappe violacée existent plusieurs ulcérations de dimensions variables vaguement arrondies, à bord décollés, avec, dans les espaces qui les séparent les unes des autres, de petits grains jaunes. An milieu de quelques unes d’entre elles se voit
l’orifice d’une fistule par où sort un pus grumeleux.
Une croûte épaisse, surelevée se trouve sur certaines de ces ulcérations; au-dessous de ce placard, des ganglions non abcédés et quelques cicatrices cheloïdiennes.
Mme R... est blond vénitien. Son état général est bon, sa température est normale, son pouls à 60, bien frappé. Elle ne se plaint que de maux de tête survenant sous forme de migraines, en rapport, semble-t-il avec quelques troubles gastro-intestinaux.
L’examén du cœur ne révèle rien d’anormal. Tension artérielle 8/12.
Il existe dans la submatité du sommet pulmonaire gauche, avec une respiration rude et soufflante, mais sans bruits adventices. La radiographie nous le montrera voilé et fera constater de grosses calcifications hilaires et péri-hilaires.
Il n’y a pas de bacilles de Koch dans l’expectoration.
L'examen du système nerveux et des divers autres appareils ne révèle rien d’anormal.
Les urines ne contiennent ni sucre, ni albumine.
L'examen du rhino-pharynx le montre indemne de toute lésion.
Une cuti-réaction est pratiquée qui sera fortement positive, et, si l'examen du pus ganglionnaire prélevé ns permet pas de déceler le bacille de Koch au milieu des nombreux lymphocytes qui le constituent, l’inoculation au cobaye tuberculisera en quelques semaines l’animal.
On ne trouve aucun signe de spécificité et la réaction de Wassermann est négative.
Devant l’échec de tous les traitements antérieurement euivis, nous décidons de soumettre la malade au traite-
de LUI
went anti-spécifique. Une injection de cyanure de mercure ayant provoqué une crise de diarrhée dysenterifor- mue, on la met au noyarsenobenzol : les doses de 0 gr. 15, 0 gr. 20, 0 gr. 30, 0 gr. 45, 0 gr. 60, O gr. 60, 0 gr. 60, 0 gr. 75, O0 gr. T6, 0 gr. T5 sont admainistrées par voie endoveineuse à raison de une tous les 5 jours, elles sont admirablement supportées, et, dès la 3° ingection, on voit les ulcérations se nettoyer et le cicatrisation commencer : elle sera complètement terminée avant la fin de la série des injections ; à la place des ulcérations, 1l existe alors des nappes blanchâtres, un peu cheloïdiense à contour polycyeliques. La suppuration des ganglions s’est tarie et. ceux-ci ne sont plus que noyaux scléreux. |
La réaction de Wassermann, refaite à plusieurs reprises est restée négative.
L'action curatrice rapide du traitement anti-syphilitique sur des lésions scrofuleuses importantes que nombre d’autres traitements n'avaient pu réussir à améliorer, nous semble une preuve indéniable de Ja nature spécifique du terrain sur lequel s'était déve: lcppée cette tuberculose.
OBSERYATION V
Adénopathie cervicale tuberculeuse guérie par le traitement novarsenical.
M. D... Jean, coiffeur, agé de 19 ans, se présente à l'hôpital pour une adénopathie cervicale fistulisée. Hospitalisé salle Corvisart, lit n° 6 bis. :
Ce sujet n’a jamais été auparavant, sérieusement malade. Il à vécu à la campagne jusqu’en 1921, époqne à
laquelle il vient se fixer à Paris. En 1922, il s'aperçoit de la présence, dans la région cervicale droite, de quelques ganglions mobiles et indolores. L'un d’eux grossit peu à peu, en 1926 et en 1927, suppure et se fistulise : les ganglions voisins augmentent alors de volume à leur tour. Il ne s’en inquiète pas jusqu’en 1928, où le développement progressif de l’adénopathie l’amène enfin à consulter. |
L'examen du malade, pratiqué le 30 mars 1928, montre l’existeñce, dans la région sous-maxillaire droite, d’une série de bosselures d’inégale grosseur dont le volume varie de celui d’un œuf de poule à celui d’une À petite noisette : la plus importante est fistulisée, laissant soudre par l’ulcération orificielle, violacée et à bords décollés, un pus grumeleux et mal lié. Une autre tuméfaction, un peu en arrière de celle-ci, un peu moins
développée, est nettement fluctuante. L’indolence est
complète.
On ne trouve par ailleurs, rien de pathologique chez ce sujet. Ni l’étude de ses antécédents, ni l’examen s0matique ne permettent de penser qu’il peut être spécifique. La réaction de Wassermann est, de plus, négative.
La cuti-réaction à la tuberculine est positive; le pus retiré par ponction du ganglion suppuré, mais non ouvert, contient de nombreux lymphocites, mais on n’y peut mettre en évidence, sur le simple frottis, aucun microbe ; un cobaye est inoculé qui mourra tuberculeux quelques semaines plus tard.
Le chiffre du métabolisme basal est normal. L’examemn du rhino-pharynx ne montre aucune lésion de ce côté.
On soumet alors le sujet au traitement par le 914 au
rythme habituel, une injection intra-veineuse tous les cinq jours : 0 gr. 20, 0 gr. 30, 0 gr. 45, 0 gr. 60, 0 gr. T5, O gr. 16, 0 gr. 90, 0 gr. 90, 0 gr. 90. Traitement poursuivi sans incidents.
Dès la première injection, la suppuration diminue et le volume de l’adénopathie se réduit notablement ; cette régression continue pendant tout le temps que dure la série des injections, et il ne persiste plus, après la dernière d’entre elles, que quelques petits ganglions durs, indolores, non fluctuants, dont le plus volumineux est gros comme une olive. Toute suppuration à disparu.
Cette observation est très démonstrative de l’heureuse action du traiteñent DOYAFSEHMICA sur certaines adénopathies tuberculeuses.
Les propriétés toniques du novarsenobenzol sont peut-être susceptibles d'expliquer la rapidité d’action du médicament dans le cas particulier. Mais celui-ci n'aurait pu certainement guérir d’une façon aussi complète et dans des délais aussi courts une lésion tuberculeuse de cette importance, si cette dernière ne s'était pas développée sur un terrain spéeifique.
OBSERVATION VI (M. Babonneix)
Adénopathies multiples et crises comitiales.
X... 20 ans, vu avec M. le D' Villeprand, le 5 mai 1924, pour des adénopathies multiples, cervicales, médiastines, abdominales, Les premières se caractérisent par la présence, sur. les régions latérales du cou, de
masses arrondies, Yolumineuses, bosselées, suivant le trajet des gros vaisseaux, indolentes à la pression, de consistance dure, non adhérentes à la peau, n1 aux plans profonds. Les secondes rendent des signes d’adénopathie trachéo-bronchique. Enfin, la palpation de l’abdomen décèle, à gauche de l’ombilic, la présence d’une masse unique, très volumineuse, mal délimitée, douloureuse à la pression, mate à la percussion, et qui n’est sans doute qu’un ganglion mésentérique tuméfié. L'état général est mauvais, la fièvre constante, le poids très insuffisant, la pâleur excessive, l’appétit est médiocre, les forcés languissantes, le sommeil mauvais. D'ailleurs la base du poumon droit sonne mal, la respiration y est rude et s’accompagne de nombreux bruits adventices, parmi lesquels dominent les frottements.
La famille nous signale incidemmtent que le jeune homme est sujet, depuis peu, à des € crises nerveuses », nocturnes, avec perte de connaissance, chute à terre, morsure de la langue, urination involontaire, stertor et amnésie consécutifs.
Le jeune homme est envoyé, pour ses adénopathies bacillaires à Saint-Gervais-les-Bains. C’est là que le D” Roux suspecte l’hérédo-syphilis, dont il n’existait aucun signe clinique, fait faire une réaction de Wassermann qui se montre positive et, malgré une résistance incroyable de la famille, institue un traitement spécifique : « celui- «1, a-t-1l bien voulu nous écrire, à réduit l’état fébrile et les nombreuses manifestations ganglionnaires, fait engraisser de 15 kilogs et transforme l’état général. L'influence sur les manifestations nerveuses à été plus tardive mais non moins favorable puisque, plus d’un an
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après, elles n’avaient pas reparu. Nous avons appris du médecin traitant, que le père est un ancien spécifique.
Le tableau clinique qu’offrait ce malade était celui de la bacillose, et il n’existait aucun signe clinique de spécificité. Cependant l’apparition de crises comitales fit suspecter cette dernière, qu’un Wassermann positif vint confirmer. Là encore, le traitement antisyphilitique, combiné au traitement tonique général, amena la guérison de manifestations considérées comme uniquement tuberculeuses en modifiant heureusemént le terrain sur lequel elles se développaient. à