‹ La Scrofule ses Rapports avec la Tuberculose et avec la SyphilisChapitre 47 sur 50 · OBSERVATION X VIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION X VIII

Adénites cervicale et axillaire tuberculeuses et Bacillose pulmonaire chez une hérédo-syphilitique.

Mme M... Suzanne, âgée de 30 ans, sans profession, se présente au dispensaire de Belleville pour une adénopathie cervicale droite, le 21 janvier 1929.

Cette adénite, dont l’apparition remonte à plus d’un an, augmente progressivement de volume depuis quelques semaines, provoquant des douleurs à irradiation auriculaire et pharyngée, ce qui a déterminé la malade à venir consulter.

La malade déclare avoir été traitée dix ans plus tôt par la radiothérapie pour une adénite cervicale gauche et une adénite axillaire du même côté. Elle aurait eu, dans son enfance, une méningite (?) et des convulsions. Son père est mort à 32 ans, d’une affection dont elle ne peut préciser la nature ; sa mère, qui est soignée pour une cardiopathie a perdu 3 enfants en bas-âge. Son mari et bien portant et elle a 2 enfants : l’aîné semble en bon-

ne santé, le plus jeune, âgé de six mois est un grand rachitique avbe déformations osseuses importantes et erânio-tabes.

Mme M... à une apparence floride, son facies est coloré, elle est légèrement obèse. Du côté droit, la région rétro-maxillaire est déformée par la présence d’une masse allongée verticalement, large de 4 centimètres environ, d’une hauteur égale à celle de la branche montante, La palpation, qui n’en est pas douloureuse, montre qu’elle n’est adhérente ni aux téguments, ni aux plans profonds et qu’elle est constituée par deux tumeurs ovoïdes, su-

perposées, l’inférieure grosse comme un petit œuf, la

supérieure grosse comme une noix, rejetant en avant le lobule de l’oreille.

Il existe également dans la région axillaire, une masse arrondie, dure, mobile, non douloureuse, de la grosseur d’une orange. è

Bien réglée, Mme M. déclare n’avoir jamais de température. Elle ne tousse pas, dit-elle, mais l'examen de l’appareil pulmonaire nous fait constater de la matité franche au niveau du creux sus-épineux gauche, avec exagération dés vibrations vocales, et, à l’auscultation de cette même zône, des bouffées de râles sous-crépitants, : avec quelques craquements.

La radiographie miontre des hiles très encombrés, avec de gros ganglions calcifiés. Il en part des trainées fibreuses qui rayonnent dans les deux champs pulmonaires ; le tiers supérieur du poumon gauche est complètement voilé et l’on y voit de nombreuses pommelures.

La malade n’expectore päs et nous n’avons pu faire la

recherche du bacille de Koch dans les matières fécales. La cuti-réaction à la tubereuline est fortement positive.

Tous les autres appareils semblent normaux. La tension artérielle est de 8/12. Le pouls à 60. Il n’y a aucune modification des réflexes. Les urines ne contiennent ni sucre ni albumine. La formule sanguine n’est pas modifiée, L’examen du rhino-pharynx ne décèle aucune lésion de ce côté. \ I] existe de l’alopécie de la queue du sourcil qui parait être biën plutôt en rapport avec une imprégnation spécifique qu’avec ‘une insuffisance thyroïienne (nous n’avons pu faire la mesure du métabolisme basal), car il existe d’autres stigmates d’hérédo-syphilis : myopie très accentuée, malformations dentaires (dents crénelées, avec érosions ponctuées, persistance des incisives de lait), axyphoïdie.

La malade est mise au cyanure de mercure, mais le traitement est à peine commencé au moment où nous écrivons notre thèse.

Ce qu’il y a lieu de noter, dans cette observation, c’est encore une fois la coexistance de lésions de tu: berculose ganglionnaire et pulmonaire chez une ma:lade dont l’aspect floride et l’absence de signes gé. néraux et fonctionnels importants ne pouvaient guère permettre de prévoir ces derniers. La syphilis héréditaire paraît des plus vraisemblables chez cette malade étant donné les stigmates qu’elle présente et ses antécédents tant héréditaires que personnels.

As

LOST ETE O N OM ARRRE ee RU “y F d AT FLO \è F ne 14

= 444 = OBSBRVATION XIX

Lupus ér;thémateux traité par le bismuth,

Mme B... Madeleine, 28 aus, se présente à la eonsultation du D' Milian, à l'hôpital Saint-Louis pour une petite plaque rouge et squarneuse, siégeant à la base du nez, du côté droit. ;

Cette lésion est apparue six ans plus tôt sur la zône irritée par le port d’un lorgnon. Stationnaire pendant cing ans, cette plaque a commencé à s'étendre progressivement depuis un an, en même temps qu'elle devenait prurigineuse: c'est ce qui a décidé la malade à consulter un médecin. \

Celui-ci lui fait 3 applications de Radium, chacune d’une durée de 3 heures : une amélioration nette se produit, mais au bout de quelques mois, la plaque s’élargit de nouveau. À

Examen le 10 ventes 1928: à la racine du nez du côté droit, on remarque un placard vaguement ovalaire, de un centimètre et demi sur un centimètre environ, flanqué de deux autres plus petits de la dimension d’une lentille environ. Il existe au pourtour des placards un petit liséré éryhémateux. La couleur en est rose terne, la surface recouvert de petites squarnes sèches, blanc sale. Nettoyée, les plaques laissent apparaître une vascularisation capillaire nette. En un point, sône atrophique légère, se manifestant sous l'aspect d’un petit réseau scléreux et blanc. Ces lésions n’offrent pas d'infiltration nette. Pas de nodules couleur sucre d’orge à la vitropression.

Derrière l’oreille gauche, il existe un élément rose vif,

légèrement papuleux, de forme annulaire, à cehtre deprimé, évoluant depuis un an environ.

IT s’agit done de lupus érythémateux typique.

L'examen de tous les appareils ne révèle aucun symip- | tome important. L'état général est assez bon ; on ne trouve aucune maladie importante dans les antécédents de cette malade qui, un peu pâle, tousse un peu chaque hiver. Rien ne permet chez elle, de soupçonner la spécificité (héréditaire ou acquise) : la réaction de Wassermann est d’ailleurs négative.

Soumise au traitement bismuthique, elle reçoit, du 17 novembre 1928 au 17 janvier 1929, treize injections de muthanol à 0 gr. 30. Elle est à ce moment considérablement améliorée, presque complètement guüérie. Le traitement, suspendu quelque temps pour permettre à Ia malade de soigner sa denture — elle a un tout petit point de stomatité bismuthique —- sera repris ultérieurement.

En résumé, il s’agit d’un lupus érythémateux considérablement amélioré par un traitement spécifique, bien qu'aucun signe de syphilis n’ait été décelable ehez cette malade.

Page 1