‹ La sculpture antiqueChapitre 101 sur 163 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

•des couleurs; du moins les. trous qui s'ouvrent çà et là, par exemple, aux bouches des chevaux, disent nettement que le bronze ou l'or employés aux ornements et aux accessoires rompaient avec bonheur la monotonie blanche des longues surfaces de marbre.

Chaque groupe, chaque figure exigerait une longue description; nous ne pouvons ici que signaler, avec les qualités maîtresses de l'ensemble, la hauteur et la liberté de l'inspiration.

Comme les dieux, nous Pavons vu, sont mêlés aux mortels, comme le familier de certains épisodes s'allie au sublime religieux des processions, Phidias, qui domine ici de bien haut ses praticiens , passe en jouant des imitations du réel aux créations de l'idéal ; ici les dévots d'Athéna se montrent dans le cortège sacré, drapés dans leurs costumes de cérémonie, vraiment vêtus et parés comme des vivants; là, au contraire, comme des immortels, dans l'Olympe que nulle intempérie ne rend glacial ou brûlant, nus ou demi nus, ils livrent aux caresses du jour la souplesse et la grâce forte de leur chair. La convention, pour dire le vrai mot, s'est fait sa place à côté de l'étude exacte de la nature.

« L'artiste a fait une large part, écrit M. Collignon, à la convention. La vie réelle lui a seulement fourni des éléments de variété qui, répartis çà et là par une main de maître, dans la cavalcade idéale, en écartent l'uniformité et la monotonie. C'est là le secret de cette grâce inimitable répandue sur les figures de la frise. Ces personnages, si vivants, ont comme une réalité immatérielle. Cette procession sacrée, dont

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aïo LA SCULPTURE ANTIQUE.

l'harmonieuse ordonnance se de'roule lentement, ce cortège de cavaliers s'avançant à flots pressés et tumultueux semblent se mouvoir dans une atmosphère idéale, sous la lumière d'un ciel divin. »

Quant aux qualités mêmes d'exécution, ce sont celles qui, à cette époque, ont surtout caractérisé le génie athénien et qu'un mot expressif résume : l'atticisme, c'està-dire, en littérature comme en politique, comme en art, le goût exquis du ton juste et des proportions naturelles, la recherche de la souplesse sans mollesse, de la grâce sans mièvrerie, l'amour des élégances sobres et fines, tous ces dons mis au service d'une imagination riche, originale et libre. On peut dire qu'en ce sens la frise des Panathénées a mérité de devenir un modèle, et c'est peu hasarder que d'attribuer à son influence directe quelques bas-reliefs des plus beaux que l'Attique nous ait laissés, par exemple, la balustrade du temple de la Victoire Aptère ou la stèle célèbre d'Eleusis, Déméter et Koré faisant à Triptolémosle don précieux d'un grain de blé. Nous reviendrons sur ce point.

Maintenant, les statues des frontons nous attirent. On l'a. souvent dit, il est impossible que Phidias ait sculpté lui-même plus de quarante figures colossales, ou même qu'il en ait modelé toutes les maquettes. Mais on peut, sans crainte de trop errer, déterminer sa I part dans cette œuvre collective.

Comme pour les métopes et pour la frise, il est .! juste de lui attribuer, avant tout, l'invention des sujets et la disposition des personnages dans les tympans triangulaires. Rappelons-nous les marbres d'Egine et

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