‹ La sculpture antiqueChapitre 107 sur 163 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

fils de Kronos abaissa ses noirs sourcils; sa chevelure divine s'agita sur sa tête immortelle, et le vaste Olympe trembla. » Le chef-d'œuvre du plus grand sculpteur rappelait à chacun ces vers du plus grand des poètes; la conception de Phidias n'eut d'égale que celle d'Homère. DionChrysostome a déclaré que c'était une oeuvre auguste et parfaitement belle, qui cause au regard un ineffable ravisse- | ment. Epictète considérait comme un malheur de mourir dans l'ignorance de cette merveille dont la beauté, selon le mot de Quintilien, avait ajouté quelque

chose à la religion. Le malheur est irréparable : Zeus Olympien a péri, et nous ne savons même pas l'histoire de sa perte. Nous sommes réduits, pour nous imaginer sa beauté, à comparer le type archaïque de Zeus que nous ont conservé un bronze (fig. io5) et

Fig. 106. — Zeus Blacas.

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une terre cuite d'Olympie, froid et dur, ne donnant, par l'immobilité grave de son visage et l'ordonnance symétrique de ses cheveux et de sa barbe, que l'illusion de la majesté, avec la tête de Zeus trouvée à Milo (Zeus Blacas, fig. 106), où plus qu'en toute autre, nous sommes portés à reconnaître quelque chose de l'idéal sublime exprimé par Phidias.

Phidias avait au moins soixante ans lorsqu'il vint en Elide ; pourtant le Zeus n'est pas sa dernière grande statue. Parmi bien d'autres toutes admirables, l'Athéna Lemnienne, à l'Acropole d'Athènes, était, dit Pausanias, la beauté même; beaucoup la préféraient à toutes les œuvres du maître. Devons-nous croire que cet étonnant génie se soit encore surpassé lui-même à l'âge où la main et l'ardeur des plus vaillants et des plus forts commencent à défaillir, atteignant un degré encore plus haut de perfection idéale où notre imagination même semble incapable de s'élever?

LES FRONTONS ET LES METOPES û'oLYMPIE

Phidias nous a conduits à Olympie; les frontons du temple qui renfermait le chef-d'œuvre attique sont parvenus jusqu'à nous. Les heureuses fouilles de l'expédition française de Morée, en i83i, reprises et poursuivies de 1875 à i885 par l'Allemagne, ont remis au jour, horriblement mutilé par malheur, ce trésor inestimable de bas-reliefs et de statues dont les alluvions de l'Alphée avaient recouvert et protégé les restes.

Les traditions attribuaient les sculptures de l'est à Paionios de Mendée, celles de l'ouest à Alkamènes ; mais elles étaient probablement en faute. Paionios était contemporain de Phidias et lui survécut même; Alkamènes, devenu son rival de génie et de gloire, passe pour avoir été d'abord son disciple. Or on a retrouvé une statue authentique et signée de Paionios, la Victoire, dressée sur une haute base triangulaire que les Messéniens et les Naupactiens consacrèrent à Zeus d'Olympie, comme dîme du butin pris à l'ennemi lors de l'affaire de Sphactérie. Cette grande déesse aux formes robustes, dont les draperies, comme mouillées, plaquent sur le devant du corps projeté en avant

par un vol impétueux, et se gonflent en arrière au gré

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Fig. 107. — Niké de Paionios. (Olyrapie.)

du vent, n'était précisément la fougue de l'allure qui sort

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