LIVRE DEUXIEME
du lac Stymphale, d'autres fragments importants encore — ces métopes sont des morceaux naïfs et tout empreints d'une mâle rudesse dorienne. Le mouvement violent d'Héraklès qui retourne la tête du taureau (fig. 108) est aussi hardi que juste; l'effort gonfle avec précision les muscles simplement modelés du demidieu; Héraklès portant le ciel est simple, résistant et fort comme une colonne dorique; Athéna, assise familièrement sur un rocher devant Héraklès, près du lac Stymphale, est désignée par l'égide et sobrement vêtue, plutôt que drapée, d'une longue robe sans plis. Le corps, dont l'anatomie est sommaire, les têtes modelées comme les corps par larges plans, sans presque aucun souci des cheveux ni des barbes à peine indiquées — nous avons dit combien les Attiques, au contraire, aimaient à peigner, friser, boucler les chevelures — toutes les figures sont d'une époque naïve, d'une école ou malhabile encore, ou constante dans une tradition et un parti pris de simplicité, presque de rudesse et de raideur. Or ce sont là les mêmes caractères que nous remarquons dans les statues des frontons. La composition du fronton oriental, par la symétrie inflexible des figures qui se baissent, s'agenouillent, se couchent, décroissent de hauteur à mesure que les côtés du triangle se rapprochent, rappelle plutôt Égine que l'Acropole; les personnages sont juxtaposés plutôt que groupés, et les attitudes se répètent à droite et à gauche de Poséidon debout au centre, avec un peu de monotonie. Au contraire, le fronton occidental est d'une disposition presque compliquée; les Centaures, les Lapithes, les Lapithines, sont groupés, enchevêtrés même,
et luttent vraiment corps à corps, deux à deux ou trois à trois, avec un parti pris de violence. Seulement, au milieu, Apollon se dresse de toute sa hauteur, calme, le bras tendu par un geste de commandement impérieux, et dans les angles aigus des extrémités deux
divinités, deux nymphes d'Élide sans doute, paisiblement étendues, appuyées sur les coudes, contemplent la scène tumultueuse du combat.
Mais l'exécution technique des statues est la même dans les deux frontons : anatomie simple, modelé sommaire par; larges plans peu sou- :
cieux de se fondre les uns aux autres ou dej s'unir par d'habiles tran-j sitions. Nous sommes bien loin de la science infail-j lible et du soin toujours en éveil de Phidias. Est-ce, comme on pourrait le supposer, que les sculpteurs se sont rendu compte du peu d'importance qu'ont la précision du détail et le fini de l'exécution dans les statues^ décoratives élevées au faîte d'un monument? Ce n'est pas notre avis; les artistes anciens n'avaient pas de ces calculs, l'œuvre de Phidias le montre bien. Ils sculptaient chaque figure pour elle-même, cherchant la perfection idéale des formes, comme si elle devait, dans un musée, bien à portée des regards, être sou-
Fig. jop. — Kladcos d'OIympie.