LIVRE DEUXIÈME
Fig. ii(î. — Niké couronnant
un trophée.
(Temple de la Victoire Aptère.)
ue doit à Phidias ; ces qualités sont celles des Cariatides du Pandroseion, celles aussi des bas-reliefs du petit temple de la Victoire Aptère. Bien placées à hauteur d'appui, bien éclairées en vive lumière frisante, la Victoire c;ui se baisse pour attacher sa sandale (fig. 1 17), la Vie-
toire qui tend les bras pour couronner un trophée (fig. ii 6), décapitées Tune et l'autre, horriblement mutilées , et même dénaturées par l'infidèle traduction du moulage, sont, pour les yeux épris de perfection plastique, une source de jouissances inépuisables. La sculpture d'aucun pays n'a jamais rien créé de plus délicat ni de plus charmant. Les corps s'animent et palpitent sous les draperies transparentes comme une gaze, et les proportions de ces corps, comme leurs formes, comme leur attitude, sont combinées avec un sentiment exquis de grâce et d'élégance. Phidias a fait plus grand, plus noble, plus divin; il a conçu de puissants ensembles, dessiné des groupes savants, sculpté en plein marbre des hommes beaux comme des dieux; il a découpé dans l'or et l'ivoire des dieux dont la vue élevait encore plus haut dans l'âme humaine l'idée de la religion et de la divinité : l'auteur inconnu des Victoires, dans une sphère plus modeste, a, comme Phidias, touché de son ciseau la perfection.
Pour quelques fragments qui nous sont parvenus, combien, non moins précieux, ont disparu du sol athénien ! Il ne reste rien de l'œuvre d'Alkamènes, d'Agorakritos, de Krésilas, de Kolotès et de tant d'autres collaborateurs ou disciples de Phidias. Mais leur tradition est restée longtemps vivace et forte, on leur doit l'incomparable efflorescence de statues et de bas-reliefs qui couvrirent le sol de l'Attique et de la Grèce entière, et, pendant une suite de générations, naquirent sans effort entre les mains des artistes comme des simples artisans.