‹ La sculpture antiqueChapitre 124 sur 163 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

femme, chair ferme et muscles durs sous de souples rondeurs, que devait triompher Polyclète. La guerrière, blessée au sein droit, s'appuie contre une stèle; elle lève le bras droit au-dessus de sa tête, sans geste brusque de souffrance, sans pose théâtrale; seulement, le visage peint une douleur courageusement supportée. Polyclète a-t-il établi ce corps de femme, comme le corps de ses athlètes, suivant un canon mathématiquement réglé? Les anciens n'en parlent pas; mais il est sûr du moins qu'il s'est souvenu de sa science, car les proportions de l'Amazone sont d'une rare harmonie : la force ne nuit pas à l'élégance, comme dans le Doryphore de Naples, ni les formes pleines, carrées, à la sveltesse. Le visage du Doryphore est quelconque, gâté même par l'ampleur lourde des mâchoires, et sans expression. Celui de l'Amazone, malgré le surbaissement de son ovale et le grossissement voulu des traits, est d'une réelle beauté, que précise et rend plus intéressante l'expression discrètement douloureuse. Enfin la très heureuse et toute nouvelle disposition du chiton court, retenu sur l'épaule par une bandelette en sautoir, à la taille par une étroite lanière, puis tombant à petits plis depuis les hanches jusqu'à mi-cuisses, avec une souplesse et une élégance extrêmes dues à l'abandon des symétries et des parallélismes archaïques, le chiton, disons-nous, laisse à découvert les deux seins et le dos, et donne aux nudités superbes de l'Amazone la chasteté fière qui leur convient.

SCOPAS ET PRAXITELE

M. Guillaume, un grand sculpteur doublé d'un critique érudit et fin, artiste à la fois et théoricien de Part, comme Polyclète, a dit que le Canon fut un résumé d'Ecole et non le point de départ d'une Ecole nouvelle.

Le présent chapitre ne sera que la confirmation de ce jugement. Mais il faut bien s'entendre sur ce mot d'Ecole. Ce n'est plus le moment où nous pouvons distinguer dans l'art grec le double courant ionien et dorien ; le mélange des races, l'échange, la confusion des sentiments et des pensées ont fait des Hellènes, pour la civilisation, un seul peuple fractionné en petits Etats dont l'indépendance relative.était plus apparente qu'effective; il. y a dès lors un art grec, une sculpture grecque que les maîtres, quelle que soit leur ville d'origine, transportent d'une rive à l'autre de la mer Egée et peut-être même vers l'Occident, jusque dans la grande Grèce, plus loin encore, jusque dans les villes Italiotes.

La pléiade des sculpteurs dont les astres les plus brillants furent Scopas et Praxitèle, puis Lysippe, mérite assez mal le nom d'école néo-attique, à elle donné par

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