LIVRE DEUXIEME
Apollon à Rhamnus en Attique, une Bacchante surtout, renommée pour l'audace du mouvement, Apollon Smynthée à Chrysé, en Troade. Les anciens ne disent pas qu'il ait sculpté des athlètes; son ciseau fut surtout religieux.
Bien des voix antiques sonnent encore pour nous la gloire de Scopas, mais sans trop marquer à quelles qualités elle était due. Nous pouvons, par bonheur, apprécier par nos propres yeux l'originalité de son génie.
On sait que le roi carien Mausole dut à la piété conjugale d'Artémisia un superbe tombeau, digne d'être rangé parmi les sept merveilles du monde, que Scopas décora de frises et de statues avec le concours de trois de ses émules, Bryaxis, Timothée, Léocharès. Le Mausolée avait quatre cent quatre-vingts pieds de tour; trente-six colonnes l'entouraient. Surmonté d'une pyramide à degrés que couronnait un quadrige de marbre, œuvre de Pythès, il s'élevait à cent quarante pieds de hauteur. Scopas, dit Pline, décora la face orientale.
Jusqu'au xne siècle, le monument résista intact au temps et aux barbares; un tremblement de terre le détruisit alors, et les matériaux, môme et surtout les bas-reliefs, servirent aux chevaliers de Saint-Jean à construire le château fort de Boudroun, la moderne Halicarnasse. Le vicomte Stratford de Redcliffe en 1 846, M. Newton, en 1857, ont fait entrer au Musée Britannique de nombreux fragments de la frise et des restes des statues colossales. Mais où reconnaître la main de Scopas ou celle de ses collaborateurs? On peut sans trop de hardiesse rapporter au plus célèbre des quatre
artistes les morceaux qui nous semblent d'un art surtout original et parfait, comme les fragments du combat d'Amazones dont nous donnons ici l'image. Ce sont deux tableaux d'une composition hardie, d'une facture fougueuse. Nous sommes loin des Centaures, des La-
Fig. ij6. — Bas-relief du Mausolée d'Halicarnasse.
pithes , des Amazones du temple de Phigalie, par exemple, corps trapus, larges et courts, sans souplesse ni grâce, et des scènes lourdement compliquées. Ici, les épisodes sont simples et saisissants, comme il convient dans une lutte ardente où le seul souci des adversaires est de tuer sans se faire tuer; les uns lancent les coups à tour de bras, les autres les évitent par de brusques reculs; chacun déploie toute sa vigueur et toute son agilité, d'où des attitudes violentes. Les draperies qu'agitent les secousses et les élans des corps s'envolent
Fig. 137. — Niobé et sa jeune fille.
gonflées en arrière, ou, par devant, se plaquent aux jambes, aux bras, aux torses ; et les corps, ceux des guerriers comme ceux des guerrières, affectent des
formes minces, élancées, d'une élégance peu d'accord avec cette bataille de barbares, sauvage, acharnée (fig. 1 36).
Audace des mouvements, affinement des formes, et cela non sans excès, tels seraient donc, d'après les plus beaux reliefs du Mausolée, les premiers caractères du génie de Scopas.
Les statues de Niobé et des Niobides, au Musée de Florence, copies probables d'un groupe de Scopas, précisent et fortifient ce jugement. La figure principale, Niobé fuyant d'un pas rapide et soutenant à peine sa plus jeune fille qui, à genoux, demi-nue, échevelée, s'attache à ses vêtements (fig. 137), le pédagogue et son élève, les Niobides blessés ou mourants, le Niobide mort étendu sur le sol, sont grands et bien faits, comme les héros et
ïig. 138. — Ilioneus.