LIVRE DEUXIEME
Munich est peut-être la copie la plus fidèle, parmi toutes les autres, qui nous soit parvenue; on en peut juger d'après une monnaie de Cnide (fig. 140); mais combien elle est loin de l'original!
Nous citons ici volontiers une tête d'Aphrodite en bronze trouvée en Arménie (fig. 141) (Musée Britannique), qu'avec M. O. Rayet nous croyons inspirée par le chef-d'œuvre de Praxitèle. Autant qu'un bronze peut donner l'idée d'un marbre, dans aucune copie nous ne retrouvons aussi bien marquées les beautés signalées par Lucien. « La pureté du front, la majestueuse arcature des sourcils sont un des principaux charmes de ce bronze, et dans la cavité de ces grands yeux ouverts on peut aisément supposer le regard calme et franc, dirigé bien en face, intimidant et séduisant à la fois, dont parle le critique de Samosate. Sur ces lèvres, voluptueuses dans leur fine découpure, erre bien le sourire discret qu'il vante. La chevelure aux tresses un peu lâches, les boucles qui flânent coquettement le long du cou, la plénitude sensuelle des joues, la suavité grave de l'épiderme, conviennent bien à l'Aphrodite-Héta'ire dont Praxitèle avait voulu fixer le type (O. Rayet). »
Par goût, par un sentiment bien rare de ce que valait et pouvait faire son ciseau, Praxitèle se plut à représenter ce que le Panthéon hellénique avait de plus jeune et de plus charmant. A l'Aphrodite de Cnide, à celles de Cos, de Thespies, d'Alexandrie de Carie, à d'autres encore, il donna tout un cortège d'Éros, comme elles élégants et gracieux, et respirant les voluptueux désirs, amours non pas joufflus et bouffis, comme les invente si souvent la banalité des arts décoratifs,
Fig. f+2. — Faune de Praxitèle.
mais déjà sortis de l'enfance, adolescents, presque éphèbes, déjà sûrs de leur puissance et sachant diriger leurs flèches, dieux redoutables et charmants , dont un poète dit dans une épigramme :
« Mes philtres d'amour ne sont plus des flèches, mais des regards voluptueux. »
Puis ce sont les divinités lascives des bois et des fontaines, les Nymphes nues au bord des sources fraîches, et les Faunes et les Satyres qui épient à travers les feuillages les nudités blanchesetmolles des corps alanguis par le bain.