LIVRE DEUXIEME
Mais Praxitèle ne connaît plus ces monstres affreux et lubriques, moitié boucs et moitié rustres, que le drame satyrique représentait au théâtre dans toute leur hideur. De leur horrible nature il ne restait au Faune de la rue des Trépieds, à Athènes, que des oreilles pointues et la peau de bête; encore les oreilles se cachaient-elles dans les cheveux, et la nébride, négligemment jetée en écharpe , était-elle devenue d'un grossier accoutrement une gracieuse parure. C'est un torse très mutilé du Louvre qui donne l'impression la plus heureuse du chef-d'œuvre que Praxitèle , avec l'Éros deThespies, chérissait avant toutes ses autres statues. Seul, le Képhisos de Phidias 110 u's est apparu d'une jeunesse aussi pure,
aussi saine, aussi radieuse, d'une élégance aussi parfaite; mais le Képhisos a la jeunesse forte et ner-
Fig. 143.
Apollon Sauroctone de Praxitèle.
veuse, empreinte de majesté olympienne; le Faune, épanoui dans sa joie de vivre, s'accote au tronc d'un arbre, étalant avec une grâce indolente les formes pleines et rondes de sa jeune chair en fleur. Le ressaut adouci de la hanche, qui fait serpenter les lignes enveloppantes de son corps, lui donne avec une exquise légèreté un air indicible de nonchalant abandon. L'œil suit et caresse avec amour les molles ondulations du marbre, chaud et vivant comme la peau brunie d'un bel éphèbe. La copie que reproduit la figure 142, et qui se trouve au Musée du Capitole, n'a sur le torse du Louvre qu'un seul avantage, celui de nous montrer la statue complète et de mieux nous en faire comprendre l'attitude.
L'Apollon au lézard, aussi, comme il diffère des Apollons archaïques, raides et guindés dans l'effort qu'ils s'imposent pour paraître majestueux et redoutables; que nous sommes loin des vieux maîtres, de Kanachos, de celui qui conçut l'impérieux Apollon du fronton d'Olympie! Apollon Sauroctone (la figure 143 reproduit un petit bronze de la Villa Albani), c'est un jeune dieu descendu de l'Olympe, un aimable adolescent, ami des jeux et des ris, sans souci des destinées du monde, qui s'oublie à menacer de sa flèche une humble bestiole grimpant au tronc d'un arbre. La conception du dieu-lumière a donc fléchi, comme sans doute la foi dans sa haute puissance; mais telle est la force des chefs-d'œuvre qu'Apollon est resté jusqu'à nos jours, dans l'imagination des hommes, sous les traits du jeune dieu svelte et délicat, de souplesse et d'allure tant soit peu féminines, à visage comme à coif-