LIVRE PREMIER
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des groupements nouveaux de personnages. Mais les sculpteurs égyptiens étaient foreés de produire vite et de produire beaucoup ; le temps leur manquait pour méditer leurs œuvres et les exécuter avec le soin minutieux que réclame la perfection. De sorte que, d'une part, contents des tableaux anciennement imaginés, des formes trouvées et adoptées par les générations précédentes, des procédés pratiques hérités des maîtres anciens, ils n'ont pas éprouvé le besoin d'innover ; que, d'autre part, ils n'ont pas fait mieux, car cette méthode de reproduction sans effort est stérile, ni même fait aussi bien, car cette méthode stérile est en même temps énervante. Pour tout dire en un mot, à l'époque thébaine, pendant le premier comme pendant le second empire, les conventions sont souveraines; nous verrons tout à l'heure ce qu'elles étaient et ce qu'elles valaient.
Pour le moment, nous voulons signaler quelques bas-reliefs qui se détachent en vigueur sur ce fond triste de tableaux uniformes. Ces exemples atténueront dans la mesure qu'il convient l'idée défavorable qu'on se ferait peut-être de l'art thébain d'après les pages précédentes, car il ne faut pas oublier que toute opinion trop catégorique est fausse par quelque côté, en matière artistique, du moment qu'il faut compter, même aux époques plus déshéritées, avec la libre initiative de quelques talents exceptionnels,
En première ligne il faut placer le Séti Ier du grand temple d'Abydos; il s'en faut de bien peu que ce basrelief ne soit un chef-d'œuvre (fig. 16). Le roi, debout et marchant versla gauche, est en adoration ; il offre une
statuette à quelque divinité. Les fautes sont en grand nombre : les jambes, mal dessinées, ne sont pas en perspective; vues de profil, elles ne s'accordent pas avec le torse vu de trois quarts ; le bras gauche est bien mal
attaché à l'épaule; les doigts des mains, par une recherche bizarre d'élégance, sont trop longs et trop courbés au bout ; le pouce est aussi mal présenté que possible. Mais de l'ensemble se dégage un charme inexprimable; le profil du Pharaon est plein de grâce juvénile; la bouche petite, le menton et le nez fins, l'œil étroit en amande, que prolonge la coquetterie d'une ligne artificielle sous de longs sourcils, le léger bonnet rond que l'urasus, insigne royal, décore d'un enroulement délié, tout le visage est empreint d'une douceur qui n'exclut pas la majesté. Les lignes du corps, malgré les incorrections anatomiques qui sautent aux yeux, sont souples et pures, et leur élégance s'harmonise délicatement à la coquetterie des parures, bracelets et colliers joliment ouvrés, et du pagne finement plissé.
Le soin est bien moindre dans le tableau de Karnak (mur extérieur du grand temple) qui représente Ramsès II revenant vainqueur de Syrie (fig. 17). Ramsès est
Fig. i<5. — Séti Ier.