LIVRE DEUXI EME
corps se tend dans l'effort et l'émotion de son désir gourmand. Tout a été dit déjà sur ce monument admirable; tous les termes ont été épuisés à louer la suprême beauté de l'Hermès de Praxitèle, et c'est un lieu commun d'admirer le simple et naturel groupement des deux figures, la grâce des attitudes, la souplesse des mouvements. Comme le Faune, comme l'Apollon, mais avec plus d'élégance encore, l'ondulation des hanches rompt le parallélisme naturellement dur et monotone des lignes du torse et des cuisses, et ce ressaut de muscles, qui change l'aplomb ordinaire du corps en repos, donne une impression indéfinissable de mouvement et de vie. Mais ce qu'il nous faut surtout noter, car ces caractères marquent pour Praxitèle l'originalité vraie de son génie, c'est le sentiment personnel delà beauté, la conception personnelle d'un type idéal. Rien de réaliste dans l'Hermès; —nous ne parlons pas de l'enfant qui, sans doute parce qu'il est mutilé, nous semble de mérite inférieur. — La tête, la plus jeune, la plus vivante, la plus belle, en un mot, que nous connaissions, reste en dehors de toutes les traditions. Vue de face, vue de profil, elle ne rappelle en rien ce type de convention qu'on nomme le type grec, fin, distingué, pur de ligne et certainement admirable, mais qui se répète trop souvent, comme un cliché impersonnel et froid. Le front, court et bombé, dont les saillies font songer aux têtes d'athlètes dues à Myron ; le nez, tout entier d'un modelé rond et gras, large à sa naissance, un peu busqué vers son milieu, aminci près des narines petites, mais bien ouvertes; les yeux, très éloignés l'un
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de l'autre, grands et fendus en amande, peu saillants dans l'orbite profonde, la bouche petite, aux lèvres minces, qu'entr'ouvre et plisse aux angles un discret sourire, le menton, maigre, creusé d'une fossette, la disposition des cheveux par masses de mèches courtes et souples pourtant, où l'air circule, la coupe franchement carrée du visage, tous ces traits forment un type bien neuf ei d'une inspiration bien personnelle, où la nature apparaît embellie et rajeunie par la libre inspiration de l'artiste. Et de même pour le corps ; il n'est plus construit suivant le canon de Polyclète, règle trop étroite pour enfermer le génie de Praxitèle : les épaules sont très amples pour l'épaisseur de la taille; les hanches et les cuisses sont peu développées en largeur; les muscles sont modelés avec une précision savante, mais sans sécheresse, et les formes sont plutôt arrondies , n'amollissant pas , mais donnant de la jeunesse et de la délicatesse à la force. Le soin des détails est extrême : nous ne connaissons pas de morceau plus étudié que le pied droit, heureusement retrouvé.
L'Hermès est trop incomplet — ■ puisque les jambes sont perdues — pour que l'œil soit pleinement satisfait. Il manque à notre impression ce dernier regard d'ensemble qui enveloppe une statue tout entière au moment où l'on s'en sépare, et les tiges de fer qui supportent le marbre, le lourd socle quadrangulaire où s'appuient les moulages, comme le vide blanc de notre gravure, causent aux yeux à la fois et à l'esprit une véritable souffrance. Mais ce sentiment même, rarement éprouvé, ce regret qui va jusqu'à la douleur, est une