‹ La sculpture antiqueChapitre 133 sur 163 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

Fig. 146. — Déméter de Cnide.

marbre de Paros, dont la transparence presque égale à] celle de l'albâtre donne l'illusion de la vie, est cellj d'une femme qui a dépassé la jeunesse, et sur laquelle! la vieillesse ne s'est pas encore appesantie (O. Rayet). >l La douleur y est si vivement empreinte, sans exagéra-l tion théâtrale, le voile des veuves encadre si grave! ment ce visage où réside une angoisse muette, les dra-J peries amples et richement plissées enveloppent avec] tant de majesté ce corps épanoui de mère, que l'on esl tenté de croire, avec des critiques, que, transportée dans une église chrétienne, Déméter recevrait des dévots trompés les hommages et les adorations dues aux Madones.

C'est bien encore à l'école de Scopas et de Praxitèle qu'il faut rattacher la grande Niké (Victoire) navale de Samothrace, trouvée par M. Champoiseau en i863 et rapportée au Louvre. Récemment complétée par l'adjonction de nouveaux fragments, par la reconstruction de la proue de navire qui lui sert de base, les ailes grandes ouvertes, la Niké s'enlève hardiment; son ample tunique plissée s'enfle au vent, et nous croyons encore voir la déesse souffler dans sa trompette triomphante tandis que tout son corps s'emporte dans un grand élan. Nous avons loué, comme il convient, la Niké de Paionios, audacieusement projetée en avant et comme suspendue sur le vide; mais quelle distance de Paionios à l'artiste inconnu qui sculpta le chef-d'œuvre de Samothrace ! La vivacité de l'attitude, l'ampleur du mouvement, le claquement des draperies qui flottent et frissonnent au vent, la grandeur, la majesté, la vie, voilà les qualités qui frappent les moins habiles à la

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