LIVRE DEUXIEME
vue de ce marbre splendide. Que dire du ciseau audacieux qui a su creuser et découper le marbre en plis légers et souples comme des plis de laine, tantôt s'animant à Pair qui les agite, tantôt plaquant avec amour aux formes robustes et saines de Niké qui transparaissent? Il y a dans ces draperies, il faut l'avouer, une grandeur et une liberté d'invention, une hardiesse et une habileté technique que n'a pas au même point l'Iris du Parthénon, et ces qualités assurent pour jamais un rang glorieux à la Victoire de
Samothrace dans les galeries, non du Louvre seulement, mais de tous les musées d'Europe (fig. 147).
Fig. 147. — 1 Victoire de Samothrace.
Ce sont elles aussi qui distinguent, mais à un degré moindre, et qui datent les intéressantes statues de Néréides qui, de l'Agora de Xanthos, en Lycie, sont passées au Musée Britannique. Un large soubassement, décoré de frises en bas-relief, supportait une colonnade ionique, et, dans les intervalles des colonnes se dressaient des femmes, au nombre de quinze, — des Néréides, sans doute, d'où le nom donné au monument tout entier — dans l'attitude de la course ou de la fuite, les draperies au vent. Les frises sont d'un art médiocre, probablement indigène; elles représentent une bataille en pleine campagne, le siège, l'assaut, la capitulation d'une ville forte, l'apport d'un tribut et d'autres scènes de guerre, et rappellent les exploits du monarque lycien Périclès, dont le monument était le tombeau. Avec un certain goût du groupement, de la composition variée des vastes scènes, avec du mouvement, parfois de l'originalité, nous trouvons là bien de la rudesse, des fautes d'anatomie et de dessin; avec un effort louable vers l'originalité et un sentiment assez personnel de la décoration, un réalisme presque toujours maladroit, souvent grossier. Il faut, selon nous, beau-' coup de bonne volonté pour voir, comme on l'a fait^ d'ordinaire, dans cet ensemble décoratif, à un degré quelconque, l'influence des grands sculpteurs attiques; les chevaux eux-mêmes, qu'on a voulu rapprocher des chevaux de la frise des Panathénées, n'ont de commun avec eux que leur petite taille. Mais pour les statues, d'une conception bien plus franche, d'une exécution presque achevée, elles sont bien une œuvre purement hellénique, attique même, devrions-nous dire, et tien-