‹ La sculpture antiqueChapitre 135 sur 163 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

Fig. 148. — Vénus de Milo,

SCULPT. ANTIQUE.

nent vraiment le milieu entre la Niké d'Olympie (Niké de Paionios) et celle de Samothrace qu'elles rappellent, la première, par leurs formes un peu lourdes; la seconde, par ]a disposition et la facture des étoffes envolées.

Un sentiment esthétique, plus fort que tous les raisonnements des archéologues, nous pousse à rattacher aussi à Pépoque privilégiée de Scopas et de Praxitèle la Vénus de Milo, ce chef-d'œuvre anonyme qu'en 1820 le marquis de Rivière, ambassadeur du roi Louis XVIII à Constantinople, acheta pour le Musée du Louvre (fig. 148, 149). L'île de Milo (Mélos) est

une terre favorisée; la plupart des œuvres qu'on y déterre sont d'une haute valeur artistique. On a souvent déjà signalé la tête du Zeus Blacas, au Musée Britannique ; un superbe Poséidon de marbre, colossal, au Musée national d'Athènes, est encore inédit, et, tout couché qu'il est, brisé en morceaux épars dans une lugubre salle provisoire où les statues sont alignées le long des murs comme des cadavres, sa majesté, sa fière allure, ravissent d'admiration les visiteurs. Et pourtant, il eût suffi à la gloire de la petite île d'avoir donné son nom à l'Aphrodite du Louvre.

Peu nous importe de savoir à quelle action étaient occupés les bras disparus de la déesse; si elle tenait un bouclier, si elle tendait les mains vers un petit Éros debout devant elle, si d'un geste caressant elle s'attachait à Ares, son amant; telle nous la voyons, au fond de la galerie du Louvre, détachant sa nudité divine sur le nacarat sombre du velours, enveloppée d'une sage et discrète lumière, les bras coupés, telle elle restera toujours dans la mémoire de ceux qui l'ont contemplée, sans que l'esprit ébloui par le rayonnement d'une beauté si pure regrette les mutilations du temps ou rêve une restauration superflue.

La Vénus de Milo émeut en nous trop de jouissances artistiques pour éveiller notre curiosité d'antiquaire, et nous nous demandons si nous devons plus envier ou plaindre ceux qui, sans se laisser absorber dans une admiration toujours aussi vive à la vue comme à la pensée du chef-d'œuvre tel qu'il est, cherchent à savoir ce qu'il était. Pour nous, c'est Aphrodite, déesse de l'amour, le plus grave, le plus saint des

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