‹ La sculpture antiqueChapitre 138 sur 163 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

ches indépendantes , est petite (c'est un trait du style de Lysippe que des critiques anciens ont noté) ; les traits du visage ont de la finesse. Si nous pouvions contempler la statue originale, ce chef-d'œuvre que Marcus Agrippa exposa devant ses thermes, que Tibère, saisi d'enthousiasme, confisqua pour son propre palais, mais dut rendre bientôt aux réclamations du peuple; si nous voyions le bronze lui-même, l'athlète nous semblerait réaliser avec plus de précision encore le type nouveau conçu par Lysippe, car c'est le propre des statues de bronze que les illusions de la lumière allongent encore les formes et rongent les contours.

Les œuvres de Lysippe sont de Héraidùsafs'isdl' Lysippe. plus d'une sorte; il a parcouru le cycle des dieux jeunes, beaux et forts, Zeus, Poséidon, Dionysos, Eros, surtout Héraklès : Héraklès assis et pleurant ses maux à Tarente (fig. i5r), Héraklès Epitrapezios , assis et buvant , Héraklès au repos, debout, appuyé sur sa massue. Les épigrammes ont souvent décrit ces statues fameuses. On a voulu reconnaître une copie de l'Héraklès assis dans le torse célèbre du Belvédère, œuvre d'Apollonios, fils de Nestor, d'Athènes (fig. i5i] ; de l'Héraklès au repos dans l'Héraklès Farnèse. (Musée de Naples), œuvre de Glykon, d'Athènes (fig. 1 5 3). 11 est possible que ces deux sculpteurs se soient inspirés du bronze de Lysippe pour l'attitude qu'ils ont l'un et l'autre donnée au dieu; mais nous ne retrouvons là aucun des caractères particuliers

à Lysippe, ce sont des œuvres bien postérieures que nous rattacherons bientôt à une école toute différente. Pour bien juger le talent de Lysippe, tenons-nousen à l'Apoxyoménos ; nous n'avons pas même un de ces portraits authentiques d'Alexandre le Grand que multiplia Lysippe, sculpteur officiel du conquérant. Lysippe, à l'exclusion de tout autre, avait le droit de reproduire en bronze la face auguste du monarque, comme Pyrgotélès de la ciseler en marbre, A pelle de la

peindre. Nous devons en croire sur parole les f\ écrivains qui nous rapportent avec quelle ingéniosité rare d'observation Lysippe avait saisi la physionomie propre du roi, Tinclinaison de sa tête sur l'épaule gauche, sesyeux levés au ciel et comme mouillés malgré un éclat de bravoure et un regard de lion.

Quant à la statue allégorique de Kairos, l'Occasion, si fameuse dans toute l'antiquité, nous ne pouvons que la décrire d'après une épigramme : « D'où est ton sculpteur? — De Sicyone. — Quel est son nom? — Lysippe. — Et toi, qui es-tu? — L'occasion qui vient à bout de toutes

Fig. 152.

Torse du Belvédère.

(attirent.

Fig. ijj. — Héraklts Farnèse.

choses. — Pourquoi donc te tiens-tu sur le bout du pied? — Je cours sans cesse. — Pourquoi as-tu doubles doigts de pieds? — Je vole dans les airs. — - Pourquoi ce couteau aigu à ta main droite? — Pour montrer aux humains que je suis plus ace'ré que toute pointe. — Et tes cheveux, pourquoi tombent-ils suites yeux? — C'est aux cheveux qu'il faut me saisir dans la lutte, par Zeus! — Et par derrière, pourquoi donc es-tu chauve? — ■ Celui qu'une fois j'aurai distancé de mes pieds ailés, celui-là, malgré son désir, ne m'attrapera pas par derrière. — Et pourquoi l'artiste t'a-t-il sculpté? — C'est pour vous, étranger; il m'a dressé dans ce vestibule pour vous servir de leçon ! »

Nous ne pouvons nous défendre de trouver l'allégorie bien prétentieuse et bien froide; louons-en, si l'on veut, l'ingéniosité; peut-être d'ailleurs aurions-nous eu beaucoup moins à regretter la perte de l'épigramme que celle de la statue de Lysippe.

De nombreux disciples, à Sicyone même et dans toute la Grèce, appliquèrent le canon de Lysippe. Ses trois fils Daïppos, Boëdaset surtout Tisikratès, qui eut lui-même des disciples célèbres, donnèrent l'exemple de cette imitation à Phoinis, à Eutychidès, à Charès de Lindos et à bien d'autres.

Eutykratès se distingue parce qu'il préféra se conformer au génie paternel en ce qu'il avait de plus austère; il voulut plaire dans le genre grave plutôt que dans le genre aimable. Il est probable, car aucune œuvre conservée ne nous permet d'en juger directement, qu'il adopta un type intermédiaire entre celui qu'avait créé Polyclète et celui que créa Lysippe.

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