‹ La sculpture antiqueChapitre 139 sur 163 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

Quant à Charès de Lindos, c'est lui qui conçut et sculpta le colosse de Rhodes. Cette énorme statue de bronze, haute de soixante-dix coudées, représentait le soleil. Renversée par un tremblement de terre, elle étonnait encore, au temps de Pline, par sa masse. Peu d'hommes, dit-il, peuvent embrasser son pouce; ses autres doigts sont plus hauts que la plupart des statues; ses membres disjoints s'ouvrent comme de vastes cavernes, pleines de grands blocs de pierre destinés à l'origine à le fixer debout. On mit douze ans à le construire et l'on y dépensa treize cents talents, la somme qu'on retira du matériel abandonné par Démétrius quand il se fut fatigué d'assiéger Rhodes. Il est probable que cette merveille du monde n'eut de merveilleux que sa masse; la grandeur énorme s'obtient d'habitude au détriment de la perfection et de la beauté artistiques ; c'est un reproche qu'on doit faire à Lysippe d'avoir poussé ses disciples vers l'extraordinaire, car l'extraordinaire est presque toujours le faux.

Nous en verrons, au chapitre suivant, de nombreux et mémorables exemples.

l'école de pergame

Les conquêtes d'Alexandre, la dislocation de son vaste empire en puissants royaumes rivaux donnèrent à la civilisation hellénique, déjà fort répandue hors de la Grèce, une impulsion et un éclat tout nouveaux. Ce n'est pas seulement dans la Grèce d'Europe ni dans les îles les plus proches qu'il faut chercher les grands artistes; les successeurs des maîtres du ve et du ive siècle ont suivi les successeurs d'Alexandre; plus d'école renfermée à l'enceinte d'Athènes, d'Argos ou de Sicyone, plus d'école même pour ainsi dire, ou du moins plus d'école prépondérante. Dans toutes les capitales des nouveaux royaumes, dans toutes les villes riches, chaque artiste, selon que le souverain, les circonstances ou son génie le favorise ou le pousse, suit la voie qu'il a choisie sans s'attacher à la doctrine ou à l'exemple d'un maître, sans subir des influences dont il ne se rend pas bien compte. De là désormais grande confusion et grand embarras pour classer et dater les œuvres de sculpture qui, depuis la fin du ive siècle, sont nées en nombre infini dans toutes les parties du nouveau monde hellénique et peuplent en foule nos musées.

Page 1