LIVRE PREMIER
sur son char, où pendent des trophées d'armes et des têtes coupées; il pousse devant lui, et tire par derrière de longues files de captifs enchaînés. Le roi est d1un dessin franc et délié, très sommaire; l'attitude du triomphateur, calme et grave, donne l'idée d'une force sûre d'elle-
Fig. 17. — Ramsès II vainqueur.
même, d'une gloire sereine et d'une majesté sans orgueil ; les chevaux fiers et piaffants, dont les croupes sont trop rondes, les pattes trop effilées, ont plus d'élégance que de vigueur; mais les prisonniers, rapidement campés dans des positions bizarres, nous amusent par la variété de leurs types étrangers dont les traits saillants sont saisis et rendus avec un vif sentiment du pittoresque. L'ensemble du tableau est d'une allure bien vivante et personnelle, et, comme dans toutes les œuvres vraiment belles de cette période, ce qui nous semble le meilleur est dû aux traditions réalistes.
C'est le réalisme aussi qui donne tout son prix à la danse funèbre que reproduit la figure 18 (Musée de
Boulaq). Toutes ces aimées vêtues de robes transparentes, quelques-unes à types de juives, dont les corps s'agitent et se contournent, au son des tambourins, selon le rythme peu gracieux de la danse du ventre ; ces hommes dont les longs bras tendus et l'ample jupe ronde rappellent les derviches tourneurs, sont mal des-
Fig. 18. — Danse funèbre.
sinés; leurs corps sont grêles et décharnés ; ils ont des pieds, des bras, des mains d'une longueur ridicule ; mais les mouvements sont justes en somme et bien observés, et les personnages sont groupés avec pittoresque. Nous avons là une preuve qu'il y avait à côté de la sculpture officielle, dont les bas-reliefs de Séti et de Ramsès sont les remarquables exemples, un art plus libre où s'exerçaient encore les précieuses qualités d'observation des sculpteurs égyptiens. Les œuvres de ce genre sont rares encore dans nos musées ; si nous faisions l'étude de la peinture durant le second empire thébain, nous verrions que les peintres ont plus souvent et plus franchement que les sculpteurs marché dans cette voie heureuse.