‹ La sculpture antiqueChapitre 144 sur 163 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

tants, l'un déjà vigoureux, l'autre plus frêle, qu'un

Fig. 158. — Laocoon.

serpent monstrueux enlace et mord sans souci de leur

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défense inutile, souffrent, et étalent leur souffrance les corps raidis, où les veines se gonflent, où les muscles saillissent dans un effort désespéré, où les ventres se contractent et s'affaissent, tandis que les poitrines oppressées des étreintes du serpent se bombent et se remplissent d'air, les corps, dis-je, tourmentés et convulsifs, se tordent de douleur ; et les têtes renversées, les yeux défaillants, les bouches ouvertes qui râlent et geignent plutôt qu'elles ne crient, autant et plus même que les corps crispés, produisent sur l'âme du spectateur un maximum d'effet tragique. Pourtant, malgré cette expansion de la douleur corporelle qui imprime à toute l'œuvre comme un sceau de matérialisme, il y a dans le groupement des personnages, dans leur nudité franche, surtout dans l'expression des visages où des sentiments se reflètent à travers les sensations brutes du mal, une hauteur d'inspiration idéale qui rehausse singulièrement la portée de l'œuvre dont l'intérêt est ainsi doublé.

Nous parlons surtout des deux fils de Laocoon, particulièrement du plus âgé, qui tourne vers son père un regard suppliant. La bouche parlante, l'œil enfoncé sous l'orbite chargée de plis douloureux implorent un secours impossible, et l'effroi, l'angoisse, la prière désespérée se joignent avec une vérité singulière d'observation à la contraction involontaire des muscles sous l'effet de la souffrance physique.

En somme, malgré quelque excès dans l'anatomie pathologique, quelque emphase peut-être dans les attitudes et les souffrances, l'effet produit est si vif, si franc et si complet, qu'on oublie les fautes évidentes

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