LIVRE DEUXIEME
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pourtant commises par les trois sculpteurs, par exemple la disproportion des trois corps, la disproportion aussi des têtes trop petites avec les corps des enfants. Comparés avec leur père, et vu leur taille, les [ deux éphèbes devraient n'avoir que des formes enfan- [ tines; ils sont seulement des hommes plus petits, et [ leurs tètes semblent empruntées à des statues de dil mensions plus réduites qu'ils ne sont eux-mêmes. Notons aussi une faute qui vientucelle-là, d'une maladroite restauration : les bras droits de Laocoon et de son plus jeune fils ne se dressaient pas en l'air, comme il apparaît sur notre gravure; plies aux coudes, ils étaient ramenés devant la tête; la force éclatait davantage dans le corps ainsi ramassé, et le groupe, bien plus régulier, pyramide dont la tête de Laocoon était le sommet, prenait plus d'unité et de vigueur. Tel qu'il est, les caractères en sont encore bien précis et bien intéressants. L'anatomie le rattache à l'Ecole de Lysippe, la composition, l'intensité expressive à l'Ecole de Scopas; les défauts, exagération, déclamation, à l'École de Pergame; et pour la date, il nous est maintenant facile de choisir entre celles qu'ont désignées les archéologues. Lessing parlait de l'époque de Titus et prétendait que le groupe fut sculpté pour le prince luimême; c'est impossible; une peinture de Pompéi, de la première moitié du Ier siècle de notre ère, est visiblement inspirée du groupe en marbre; d'ailleurs, des artistes contemporains de Titus se seraient certainement attachés à suivre le récit de Virgile, au IIe chant de YEnéide, et il n'en est rien. C'est bien plutôt le milieu du ne siècle avant Jésus-Christ qu'il faut
accepter, car c'est à cette date que se rapporte la frise de l'autel de Pergame et les ressemblances, nous le répétons, sont frappantes entre les deux œuvres ; sans plus parler du style, le jeune géant qui se débat contre un serpent dans le groupe d'Athéna (fi g. 1 55) est, on l'a déjà remarqué, très semblable à Laocoon : même tête renversée, même bras replié derrière la tête, même attitude du corps rejeté vers la droite, même jambe allongée. Avec M. Wolters nous préférons cette date à celle du me siècle, proposée par ceux qui voient des rapports nombreux entre l'œuvre capitale de l'Ecole rhodienne et l'œuvre capitale de l'Ecole de Tralles, le Taureau Farnèse (fig. i5qJ.
Ce monument, le plus grand qui nous soit resté de la sculpture grecque en ronde bosse, fut découvert, en 1546 ou 1547, sous Ie PaPe Paul III, dans les thermes de Caracalla, à Rome. Il est depuis 1786 au Musée de Naples. Retrouvé dans un état lamentable de mutilation, il a été habilement restauré par Giovan- Battista délia Porta d'après les indications mêmes que donnaient les fragments, et l'on peut juger parfaitement sinon la technique des détails, du moins la conception et la composition d'ensemble.
Le sujet est le supplice de Dirké, fille dénaturée d'Antiope, que ses frères Amphion et Zéthos attachent aux cornes d'un taureau furieux. L'animal se cabre, une corde déjà enroulée autour de ses cornes, et les deux frères, Amphion à droite (sa lyre le désigne), Zéthos à gauche, le saisissant par le mufle, par les cornes, tirant violemment sur la corde, font effort pour le contenir. Devant eux, à leurs pieds, Dirké