‹ La sculpture antiqueChapitre 16 sur 163 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

« L'Egypte, depuis les Ramessides, dit M. Perrot, n'a pas cessé de déchoir, et son déclin avait été plus sensible encore dans la première moitié du vne siècle avant notre ère, quand l'Ethiopie et l'Assyrie s'en disputaient la possession. Elle se relève sous Psammétik; elle se débarrasse de l'étranger, elle refait son unité nationale, et bientôt même elle va reconquérir, pour quelque temps, son ascendant sur la Syrie. A ce retour de fortune correspond une renaissance artistique ; les princes de la XXVIe dynastie s'efforcent de réparer les ruines qu'ont faites les dissensions intestines et les invasions du Nord et du Midi. »

L'art, durant la renaissance saïte, a deux tendances. La plupart des sculpteurs renouent les traditions de l'art thébain; ils sont pressés de produire et tombent dans les banalités connues de la décoration rapide ; ils restent de médiocres imitateurs de leurs devanciers immédiats. A peine peut-on constater, avec quelque précaution encore, qu'ils ont cherché plus que les Thébains à donner du naturel aux corps par le soin d'un modelé plus souple; les formes sont par suite plus arrondies, le malheur est qu'elles y,ont trop souvent jusqu'à la mollesse, par suite du parti pris d'émousser tous les angles. Les Saïtes, d'ailleurs, aimaient à s'attaquer aux pierres les plus dures, le basalte, le grès, la serpentine, et c'était, pour eux, prouver toute l'ingéniosité de leur technique que de polir et fouiller à outrance des matières dures et sèches par essence. Comme tous les artistes de décadence, ils emploient leur effort et mettent leur point d'honneur à vaincre d'inutiles difficultés. Nous ne décrivons aucune œuvre de cette école bâ-

SCUtPT. ANTIQUE.

tarde ; nous préférons citer deux ou trois morceaux dus à des sculpteurs bien plus intéressants, qui essayent de retremper leur ciseau aux bonnes sources de l'art national. Le portrait delà reine Am2niritis (fig. 18 bis) peut être à bon droit vanté.

Il y a bien quelque chose de gauche dans l'attitude et d'étriqué dans les formes, mais la tête est expressive, d'une observation très poussée; le corps est construit et modelé simplement, il y a dans l'ensemble de l'ingénuité d'inspiration et de la franchise de facture. Une statue de scribe à genoux, Nekht-Har-Heb, au Louvre ; Pedishashi, familièrement assis dans une posture nouvelle, les genoux au menton, « dont la ligure, dit M. Maspero, a une expression de jeunesse et de douceur spirituelle, qu'on n'est pas habitué à rencontrer sous le ciseau d'un Egyptien », rappellent les meilleurs temps de la période memphite. Et quant à la tête du Louvre, en calcaire, que reproduit la figure 19, elle vaut presque celles que nous avons le plus admirées pour la franchise de leur réalisme : le front chauve et bossue, gravé de deux rides profondes, les yeux petits, durs et

Fig. 18 bis.

La reine Ameniritis.

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