LIVRE DEUXIÈME
sance est chaque jour mieux démontrée par de nouvelles découvertes. Ils remontaient, disaient-ils euxmêmes, bien avant la fondation de Rome, jusqu'au xr siècle; leur puissance, dont nous avons des témoignages certains datant du xe siècle, s'étendit vers le nord au delà du Pô, vers le sud sur toute la Campanie. Le Latium, où Rome prit naissance, faisait partie de leur domaine. Longtemps les Romains durent lutter contre les Étrusques, et c'est seulement au me siècle qu'ils réussirent à les réduire à l'impuissance et à les absorber.
La vitalité de ce peuple se révèle très grande au développement que prirent chez lui les arts plastiques. Des nécropoles désormais fameuses de Vulci, de Chiusi, de Cornéto, de Cervétri, d'autres encore assez nombreuses, dont les caveaux sont décorés de fresques bien conservées, sont sortis des centaines de sarcophages, des milliers de vases, de miroirs, d'ustensiles de bronze, de bijoux précieux qui montrent, avec la richesse des Etrusques, leur goût éclairé pour l'ornementation qui rend agréable la vue des objets utiles, pour la peinture et la sculpture, qui, chacune en leur langue, reproduisent les formes animées, les scènes de la vie des hommes ou les mythes de la vie des dieux.
Cet art n'est pas toujours, ni dans toutes ses manifestations, original. En contact à la fois avec les Phéniciens, comme tous les rivages de la Méditerranée, avec les trafiquants venus de Grèce, avec les colons hellènes de la Sicile et de la Grande-Grèce, l'Etrurie est devenue de bonne heure un pays d'importation; le commerce de mer y a jeté en foule les produits de l'industrie phé-
nicienne ou grecque que Ton y retrouve dans toute leur pureté originelle. Citons le fameux trésor de Palestrina (Praeneste), découvert en 1876, où parmi d'autres objets précieux étaient mêlées des coupes ciselées en argent doré, en tout semblables à des coupes cypriotes, dont l'une porte une inscription phénicienne. Citons, d'autre part, l'infinie collection des vases peints que l'on a longtemps appelés étrusques, bien qu'ils soient de pure fabrication grecque. Or ces œuvres, les phéniciennes comme les grecques, avaient une valeur et des caractères trop tranchés pour ne pas avoir sur l'art et l'industrie locales une grande influence; aussi doit-on, lorsqu'on veut juger l'art étrusque, démêler trois éléments : l'oriental, le grec et l'étrusque.
Pour les œuvres de la sculpture, ces éléments se réduisent presque toujours aux deux derniers. Nous avons dit, en étudiant la sculpture de la Grèce primitive, comment et pourquoi la sculpture de l'Egypte et de l'Assyrie n'eut sur elle qu'une influence lointaine. Les mêmes raisons ont soustrait la sculpture étrusque à l'influence orientale; les artistes de l'Italie centrale ne virent jamais de statues égyptiennes ni asiatiques, ni même phéniciennes, car les Phéniciens n'auraient pas vendu les images des dieux ou des rois asiatiques, non plus que celles de leurs dieux propres et de leurs chefs, dans un pays de religion et de culture toute différente. Au contraire, l'influence grecque est évidente non pas seulement à l'époque déjà récente où l'Etrurie est tout à fait hellénisée, mais au temps les plus lointains dont témoignent les monuments.
Nous ne connaissons à vrai dire que la sculpture