LIVRE DEUXIEME
funéraire des Étrusques. On sait que leurs temples avaient parfois des frontons décorés de statues, mais il n'en reste que des débris incohérents ; aucune statue de divinité ne nous est parvenue. Nous sommes réduits, pour juger cet art, aux sarcophages de terre cuite exhumés des nécropoles, qui certes sont des documents de valeur capitale pour la connaissance des croyances et des mœurs, mais restent en somme des produits industriels plus encore qu'artistiques. Il ne faut pas trop leur demander, ni prétendre que la sculpture étrusque n'eut jamais que les qualités ou les défauts qu'on remarque en eux.
Prenons un exemple parmi les plus anciens sarcophages découverts à Cœré. Le thème est le thème ordinaire : le coffre a la forme d'un lit de parade où sont étendus, relevés sur les coudes, deux personnages, sans doute le mort et sa femme (fig. 166). Le groupement des figures est simple et assez délicat : le mari, placé derrière sa femme, est appuyé sur des coussins plus hauts, et domine ainsi sa compagne qu'il semble protéger avec affection. Les deux bustes sont bien dégagés l'un de l'autre; l'attitude de l'homme ne gêne pas l'attitude de la femme, et bien qu'étroitement unis, tous deux ont leur vie indépendante. Il y a là quelque chose de l'arrangement si souvent loué des banquets funèbres sur les stèles attiques (cf. fig. 121, i23). Ajoutons, pour faire une large part à l'éloge, que les draperies jetées sur le lit, les coussins, les habits sont traités avec assez d'adresse; les plis se contrarient ou s'accompagnent non sans élégance ; ils sont souples par endroits^ et les étoffes sont, en ce sens, un peu supérieures aux étoffes
des statues grecques archaïques. La frise qui décore les montants et la traverse du lit est visiblement de style grec, légère et sobre. Il y a de plus beaucoup de soin dans rajustement de la coiffure féminine, dans la disposition des cheveux et de la barbe de l'homme ; surtout les visages sont vivants et personnels, comme si l'effort du sculpteur s'était astreint à exprimer une exacte ressemblance qu'exigeaient peut-être les croyances étrusques. La couleur, tout uniforme et de convention sur les corps, est employée avec goût et vérité pour animer le visage. Dans tous ces détails, nous pouvons bien reconnaître l'influence du goût et de la sobriété, de l'ingénieuse technique des Grecs. Mais, à côté de ces qualités, que de défauts dont nous rendons le génie étrusque responsable ! L'anatomie est grossière : non seulement les bustes sont mal taillés, lourds, larges et mous, les bras sont sans modelé, les mains informes, mais le corps est coupé en deux à la taille, et il est impossible que les jambes, allongées durement sur le lit, se rattachent aux hanches. On s'étonne que tant d'inexpérience s'allie dans la même oeuvre à l'habileté que nous avons louée tout à l'heure.
C'est le trait dominant de la sculpture étrusque, Alors même que les arts grecs ont bien pénétré dans l'Étrurie, que la sculpture étrusque devient pour ainsi dire une section de l'art hellénique, les qualités se sont développées sans qu'aient disparu les défauts. Les sarcophages deviennent plus riches ; les faces du lit funéraire se couvrent de bas-reliefs, et les morts sont couchés dans des attitudes de mieux en mieux choisies; leurs vêtements sont drapés avec plus d'élégance, leurs