‹ La sculpture antiqueChapitre 159 sur 163 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

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sans nul souci de leur éphémère dignité. Nous ne parlons pas non plus des dieux, dont le type hellénique se modifie parfois, et c'est justice, au gré des croyances romaines : par exemple, cette belle et majestueuse statue de la Fortune (fig. 168) n'est plus la Tyché grecque , inconstante et légère, emportée au branle de sa roue, c'est la Fortune austère et sage qui pour toujours a fixé les heureux destins de Rome, qui dirige les affaires humaines, comme l'indique sa rame, mais avec raison; c'est de plus la déesse vraiment romaine qui de bonne heure s'adjoignit le nom et les attributs égyptiens d'Isis, le diadème, le voile pendant et la corne d'abondance symbole de la richesse.

Mais voici, par exemple, le prétendu Germanicusdu Louvre (fig. 169), œuvre de Kléoménès d'Athènes ; on

a beaucoup discuté, et l'on discutera beaucoup encore sur le véritable nom de cette statue précieuse ; est-ce un mort héroïsé, un ambassadeur, un Hermès désigné

Fig. 169.

Portrait d'un Romain.

(Louvre).

par la tortue posée à sa gauche, est-ce un orateur, ou tout simplement un portrait? Peu nous importe ici. La statue brille d'une beauté savante et correcte et la pureté des lignes, la franchise de la nudité, la perfection sobre des formes ont une saveur d'idéal qui décèle la main d'un Grec, mais d'un Grec que frappait vivement et qui voulait exprimer le caractère vigoureux du type romain, car la tête est bien celle d'un Romain. Les cheveux drus et courts, le visage anguleux, aux traits accentués, marquent non pas un artiste ni un voluptueux comme étaient les Grecs, mais un penseur, un raisonneur, un ambitieux à la mode romaine : tels nous rêvons les grands hommes de la République, un Scipion ou un Paul-Emile.

De même le portrait d'Auguste connu sous le nom d'Auguste du Vatican, trouvé en i863 à Prima-Porta dans les ruines d'une villa de Livie (fig. 170), est au plus haut point marqué d'idéal, mais d'un idéal tout romain. C'est le prince après l'apothéose, grandi, embelli, anobli par l'imagination des Romains. Sa taille surhumaine, ses formes qu'élargissent et fortifient l'épaisseur de la cuirasse et l'ampleur des draperies, la nudité de ses bras et de ses jambes, la noblesse de son geste, surtout la gravité calme et hautaine de son visage le révèlent dieu. L'œuvre a la valeur d'un portrait et celle plus grande encore d'une œuvre d'art accomplie ; tout nous intéresse en elle, l'inspiration du sculpteur et l'habileté magistrale de son ciseau, la majesté de l'ensemble et la finesse du détail, l'attitude du prince, ses traits vraiment augustes, les petits bas-reliefs de la cuirasse, le dauphin et le petit Amour qui nous rappellent

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