LIVRE DEUXIEME
Fig. 170. — Auguste du Vatican.
son origine et son histoire. L'Auguste du Vatican mérite une place à part dans la multitude confuse et banale des statues impériales parmi lesquelles fort peu méritent une mention. C'est pourtant le lieu de signaler ici
Fig. 171. — Agrippine (Musée de Naples).
TAgrippine du Musée de Naples (fig. 171). Assise sur une chaise, les pieds allongés sur un tabouret, les mains croisées sur les genoux, la tête légèrement inclinée, avec une expression dure et méchante de visage, la mère de Néron nous apparaît telle que nous la montre Thistoire, impérieusement belle, absorbée dans une machination de crimes.
Ui
On le voit — citait d'ailleurs facile à prévoir — c'est surtout dans des portraits que nous trouvons un style romain ; mais ce style n'a pas toujours le même caractère ide'aliste. Il nous est resté bien des bustes de Romains où les sculpteurs ont recherché la ressemblance absolue, sans souci d'atténuer les défauts des visages, quelquefois même avec effort pour accentuer une laideur typique. Les trois bustes que nous reproduisons ici sont en ce sens très intéressants.
L'un (fig. 172) a été trouvé à Cyrène ; on a voulu rattacher ce bronze à l'école de Lysippe et le faire remonter au 111e siècle avant notre ère; c'est plutôt, selon nous, un portrait romain d'époque très postérieure, comme le prouvent quelques traits caractéristiques de facture — par exemple, la ligne creuse qui cerne les lèvres. — Sans jamais avoir vu le modèle, on devine la ressemblance, car tous les traits qui donnaient au visage son expression originale sont observés avec précision et sobrement exprimés, les pommettes saillantes, la bouche épaisse, la barbe rare et singulièrement plantée. De même le buste de marbre trouvé à la Farnésine (fig. 173)
Fig. 172. — Portrait d'un Romain.
est personnel et très vivant; ce portrait de dame romaine a dans la parure, dans les yeux, dans la bouche, surtout le menton, et la rondeur arrêtée des joues, quelque chose de franc et de sincère que peu d'oeuvres purement grecques ont au même degré. Quant au prétendu
Sénèque de Naples (fig. 174), un seul mot le juge, il est réaliste. Le sculpteur a voulu mettre en relief, dans cette tête de vieillard, tout ce qu'un autre aurait sans doute essayé de voiler, les mèches incultes des cheveux, les rides du front, le nez décharné, la bouche édentée, la barbe en broussailles, le cou dont la peau flasque se plisse et se creuse autour des nerfs tendus , tout cet aspect horrible de philosophe cynique. Les œuvres réalistes dont nous avons cité des exemples, aux plus belles époques de Fart grec, n'avaient pas cette brutalité toute romaine.
Nous ne pousserons pas plus loin cette étude du style romain. Certes, il se manifeste en dehors des portraits avec des caractères bien à lui; mais dans des œuvres de sculpture qui se rattachent à la décoration ou à l'industrie, les frises ornementales, les bas-reliefs historiques dont se couvraient les arcs et les colonnes de
Fig. 17}.
Portrait de dame romaine.