‹ La sculpture antiqueChapitre 18 sur 163 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

il est vrai, sûres cependant. Mais il est un fait non moins certain, c'est que, pour qui s'en tient à un rapide examen de surface, Terreur est facile.

La sculpture égyptienne a, en effet, dans tout le cours de sa longue histoire quelque chose d'uniforme et d'invariable, qui lasse à la longue et donne l'illusion fâcheuse d'un art stationnaire : c'est l'ensemble de ses conventions, qifi furent très particulières et d'une persistance rare. Nous ne parlons pas ici des procédés techniques de facture, imposés souvent par les conditions locales du travail, les outils et la matière, mais de certaines habitudes spéciales de dessin, de composition et de style. Peut-être tous les artistes voient-ils la nature de la même façon, et n'y a-t-il pas de différence sur ce point entre un sculpteur memphite et un sculpteur grec ou français ; mais dès qu'il s'agit de donner une forme plastique aux choses vues, les artistes se trouvent en présence de difficultés que chacun résout suivant son inspiration et ses forces; si quelqu'un trouve des procédés d'interprétation qui s'imposent à ses émules ou à ses successeurs, la convention prend naissance. Un art fait d'autant plus de progrès et s'approche d'autant plus de la perfection qu'il se dégage plus complètement des conventions forgées à ses débuts par l'ignorance ou la maladresse des maîtres primitifs. La sculpture égyptienne n'a pas fait de progrès parce qu'elle n'a pas su, ou pas voulu, dans son âge mûr, rompre avec les conventions de son enfance.

Quelques-unes de ces conventions sont communes à la ronde bosse et au bas-relief; la principale est la polychromie. Nulle part la peinture n'a rendu tant de

services à la sculpture qu'en Egypte.: toutes les statues, sauf peut-être quelques œuvres en basalte ou en grès, tous les bas-reliefs étaient coloriés, et cela suivant certaines règles à peu près fixes. Les statues étaient entièrement peintes, mais seulement les figures des basreliefs, dont le fond gardait sa teinte naturelle. Les couleurs employées étaient assez nombreuses; on a trouvé des palettes datant de la Ve dynastie divisées en compartiments pour le jaune, le rouge, le bleu, le brun, le blanc, le noir et le vert; d'autres, beaucoup plus tard, sous la XVIIIe dynastie, comptent jusqu'à seize nuances distinctes. M. Maspero a bien marqué les caractères de la polychromie égyptienne :

« De grandes teintes plates, uniformes, juxtaposées, mais non fondues : on enluminait, on ne peignait pas au sens où nous prenons ce mot.... En mettant la couleur, on la simplifiait, et on ramenait à une seule teinte, non rompue, toutes les variétés de tons qui existent naturellement sur un objet ou qu'y produisent les jeux de l'ombre et de la lumière. Elle n'est jamais ni entièrement vraie ni entièrement fausse. Elle se rapproche de la nature autant que possible, mais sans prétendre à l'imiter fidèlement, l'atténue tantôt, tantôt l'exagère et substitue un idéal, une convention, à la réalité visible. L'eau est toujours d'un bleu uni ou rayé de zigzags noirs. Les reflets fauves et bleuâtres du vautour sont rendus par du rouge vif et du bleu franc. Tous les hommes ont le nu brun, toutes les femmes l'ont jaune clair. On enseignait dans les ateliers la couleur qui convenait à chaque être ou à chaque objet, et la recette, une fois composée, se transmettait sans.chan-

Page 1