LIVRE PREMIER
gement de génération en génération. De temps à autre, quelques peintres plus hardis que le commun se risquaient à rompre avec la tradition. Vous trouverez des hommes au teint jaune comme celui des femmes à Sakkarah sous la Ve dynastie, à Ibsamboul sous la XIXe, et des personnages aux chairs roses dans les tombeaux de Thèbes et d'Abydos, vers l'époque de Thoutmès IV et d'Harmabi. Ces nouveautés ne duraient guère, un siècle au plus, et l'école retombait dans ses anciens errements. »
Tous les visiteurs de l'Egypte s'accordent à dire que l'effet de cette décoration picturale, malgré la convention, est des plus heureux : rien de heurté, rien de criard dans la juxtaposition des teintes plates. Les nuances, vives et poussées dans les hypogées sombres ou sur les pylônes éclatants de lumière, pâlies et douces dans les salles qu'éclaire un demi-jour discret, s'harmonisent ici à l'éclat des torches ou du soleil, là au mystère de la pénombre.
Mais la convention ne s'arrêtait pas à la coloration des formes sculptées ; ces formes elles-mêmes étaient modelées d'une façon toute conventionnelle. Laissons les portraits de l'école memphite; la religion exigeait la ressemblance exacte des corps aussi bien que des visages, nous en avons cité de curieux exemples. Mais sauf ce cas spécial, c'est comme un principe admis par tous les sculpteurs qu'il n'y a qu'un âge pour l'homme ou pour la femme, celui de la pleine jeunesse. Sur les parois des mastabas, dans les hypogées du nouvel empire, sur les murs des temples ou des pylônes, tous les hommes, toutes les femmes apparaissent dans le
complet épanouissement de leur force; pas de vieillards décrépits, pas d'éphèbes aux contours hésitants. Les sculpteurs, il faut l'avouer, se sont ainsi privés d'éléments bien précieux de vie et de variété. Car une fois trouvé et accepté le type du corps jeune et beau, il s'est imposé naturellement, sans variante; les artistes, fuyant l'effort, la fatigue de l'observation et de la recherche, puis de l'interprétation personnelle, l'ont reproduite satiété sans rien modifier que les mouvements et les gestes.
Il suit de là d'autres conventions nécessaires, car il faut pourtant bien différencier et préciser les personnages; il y a sur terre des enfants, des vieux et des vieilles à côté des hommes faits et des femmes à la fleur de l'âge; il y a des maîtres et des esclaves, des rois et des sujets ; au-dessus des hommes et des rois il y a des dieux. Pour beaucoup de ces derniers, la chose est simple. Quelques-uns, on le sait, étaient adorés sous la forme de bêtes, comme Apis-Bœuf ou la Touéris- Hippopotame. En d'autres se mélangeaient deux natures, l'humaine et l'animale; ce sont des corps d'hommes ou de femmes que surmontent des têtes de quadrupèdes ou d'oiseaux : Anubis a une tête de chien, Thot une tête d'ibis, Horus une tête d'épervier; Hator est une femme à tête de vache, Rannu une femme à tête de serpent, Sekhet une femme à tête de lionne (fig. 21). Plus rarement une tête masculine ou féminine surmonte un corps d'animal : tels sont les Sphinx, en qui s'unissent, dans un symbole si frappant, la force qui réside dans le corps du lion et l'intelligence qui réside dans la tête de l'homme. Mais