LIVRE PREMIER
Aramon, par exemple, Pthah, Osiris, et d'autres encore sont des dieux à pure forme humaine; si l'un d'eux est figuré seul, ses attributs, son costume, sa coiffure le feront reconnaître; s'il paraît dans un groupe, à ces détails se joindra la hauteur plus grande de sa taille ; il semblera colossal au milieu des mortels qui l'entourent. Et de même le Pharaon, désigné d'ailleurs par son rôle et par sa parure royale, dominera le monde plus humble de ses sujets, le maître la troupe infime de ses serviteurs. Quant aux enfants, leur petitesse seule suffit à les distinguer, ou bien quelque geste naïf de bébé, comme un doigt porté à la bouche. Mais voilà les seules distinctions, toutes conventionnelles: Ammon-Dieu, Ramsès-Roi, Ti, riche seigneur, l'enfant qui tette son doigt, quelles que soient les dimensions de leurs corps, ont le même corps, ici grandi jusqu'aux proportions surhumaines, là diminué et comme réduit; c'est toujours le type de convention, l'homme jeune et fort, qui s'est imposé; nul effort pour ex-
Fig. 21.
La déesse Sekhet.
| primer, par des formes plus sévères ou plus belles Pom-
I nipotence divine ou la majesté royale, par des formes
j plus simples et moins parfaites la médiocrité de l'homme
\ ou la faiblesse de l'enfant. Par là s'explique d'ailleurs
que les types figurés des dieux et des déesses aient à
peine varié pendant tant de siècles, et que le corps
humain ait toujours été dessiné et sculpté avec la même
imperfection; il en fut autrement chez les Grecs, où
les sculpteurs, en secouant la convention, changèrent
si vite, nous le verrons, les grossières idoles de bois
ou de pierre contre les dieux immortels de Phidias, et
les ébauches naïves des hommes archaïques contre les
athlètes aux formes impeccables des Myron et des
Polyclète.
D'autres conventions sont spéciales à la ronde bosse, d'autres au bas-relief. Celles-là sont en petit nombre. Notons la prédilection des sculpteurs pour les attitudes reposées et graves, pour les gestes sans violence, qu'imposent souvent d'ailleurs la fragilité de la matière et l'insuffisance des outils; les hommes debout, le plus souvent, ont les bras pendants le long du corps et la jambe gauche portée en avant; les hommes assis ont les pieds réunis devant leur siège, les coudes collés à la taille, les mains posées sur les genoux. C'est la fixité de cette attitude conventionnelle qui a si souvent valu à la sculpture égyptienne le nom très erroné d'hiératique. Ajoutons qu'assise ou debout, la statue est d'ordinaire engagée par derrière dans une masse en forme de bloc ou de stèle qui la fait parfois ressembler à un bas-relief de très haute saillie. Notons encore la rareté des groupes, de ceux du moins où deux ou trois