‹ La sculpture antiqueChapitre 22 sur 163 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

ventre se modèlent mieux lorsqu'on les aperçoit de trois quarts et ceux des jambes lorsqu'on les prend de côté. Les Egyptiens ne se firent point de scrupule de combiner, dans la même figure, les perspectives contradictoires que produisent l'aspect de face et l'aspect de profil. La tête, presque toujours munie d'un œil de face, est presque toujours plantée de profil sur un buste de face, le buste surmonte un tronc de trois quarts, et le tronc

s'étaye sur des jambes de profil Les hommes et les

femmes sont donc de véritables monstres pour l'anatomiste, et cependant ils ne sont ni aussi laids ni aussi risibles qu'on est porté à le croire en étudiant les copies malencontreuses que nos artistes en ont faites souvent. Les membres défectueux sont alliés aux corrects avec tant d'adresse qu'ils paraissent être soudés comme naturellement. Les lignes exactes et les fictives se suivent et se complètent si ingénieusement qu'elles semblent se déduire nécessairement les unes des autres. »

On le voit donc, ces conventions de dessin résultent d'une maladresse assez explicable, du moins à l'origine de l'art, à rendre les effets de la perspective. Les sculpteurs primitifs de la Grèce n'ont pas échappé à ces nécessités d'interprétation enfantines; mais ce qu'on excuse dans une ébauche des temps archaïques étonne et choque aux époques de pleine civilisation, alors que l'art est adulte, et l'on n'a point encore fini de se demander pourquoi les Egyptiens se sont obstinés dans leurs traditions, refusant, pour ainsi dire, de faire des progrès aussi faciles que nécessaires.

Passons-nous du dessin à la composition des ensembles, les mêmes causes produisent des effets analogues.

Ici, non plus, rien des perspectives naturelles; tout est convention, mais cette convention, parfois très naïve est parfois très ingénieuse. Comment cette ingéniosité naïve, qui se révèle si souvent, ne s'est-elle pas appliquée à supprimer la convention plutôt qu'à la fortifier encore?

Si l'on réussit mal à représenter au naturel, sur un même plan, un corps humain dont les diverses parties

Fig. 22. — Soldats marchant de front.

sont situées dans des plans distincts, comment arriver, chose plus difficile encore, à donner l'illusion de plusieurs personnages placés l'un derrière l'autre et se couvrant en partie? Voici, par exemple, des soldats qui marchent sur une ligne, vus de profil. Si Ton veut les dessiner en perspective, il faudra observer que le premier, le plus proche du spectateur, devra être plus grand que le second, le second plus grand que le troisième, et ainsi de suite; de plus, si Ton veut unir par Une ligne droite les pieds de tous les soldats, on obtiendra une ligne fuyante qui montera, si l'on veut unir toutes les têtes, une ligne fuyante qui descendra, faisant avec la précédente un angle plus ou moins aigu. Les Egyptiens se sont contentés, comme le montre la figure 22, de ramener les soldats en recul sur le même plan que le

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