LIVRE PREMI ER
premier, sans diminuer la taille d'aucun d'eux, et rendant parallèles la ligne des pieds et la ligne des mains ; de plus, les soldats sont placés l'un en avant de l'autre, sans presque se recouvrir. Nous avons vu rangés de même les Syriens enchaînés au char de Ramsès II vainqueur; mais là (fig. 17), il y a une complication ; ce n'est pas une seule file, mais trois files serrées de personnages qu'il fallait représenter; le sculpteur n'a trouvé qu'un moyen, bien naïf :
il les a superposées. Le bataillon d'Égyptiens que reproduit la figure 23 est plus habilement disposé , car si les hommes sont encore superposés et comme empilés dans une figuration tout arbitraire,
ils se recouvrent en partie les uns les autres et ne se dominent que du buste. Il y a, comme dit M. Maspero, une * sorte d'imbrication des plans verticaux. Nulle image non plus ne rend plus nette que celle de cette phalange l'importance du cliché dans la sculpture égyptienne. Tous ces soldats sont absolument semblables; les traits de leur visage, leur vêtement, leur armure, les positions de leurs mains, de leurs pieds, sont les mêmes pour tous ; ils se répètent avec une précision, une identité si parfaites qu'il est difficile de se défendre de croire que les décorateurs ont employé des moyens mécaniques, comme des poncifs.
Fig. 23- Bataillon en marche.
Il est pourtant bien probable que chacun des personnages a été tracé à main levée, et Ton regrette tant ^efforts dépensés pour arriver à une ennuyeuse monotonie, qui eussent pu être si utilement employés à une plus artistique besogne. Mais il fallait aller vite.
D'ailleurs on cite plus d'un tableau sculpté, où l'auteur a su, dans une certaine mesure, éviter l'excès et l'ennui de ces perspectives factices; rappelons quelquesuns des bas-reliefs de l'Ecole memphite que nous avons cités ; rappelons la danse funèbre (fig. 18). Si les derviches sont dessinés et placés selon la convention, si le second rang des aimées est superposé au premier de la manière peu naturelle que nous savons, du moins toutes les danseuses sont-elles bien vivantes, d'une vie personnelle et indépendante; elles sont vraiment groupées librement, sans rien de trop conventionnel, ni surtout de poncif. Ce bas-relief, comme celui de Séti Ier en adoration, nous donne, disons-le en passant, l'exemple d'une convention curieuse et assez fréquente; elle consiste à dessiner les corps comme s'ils étaient nus, et à indiquer simplement les draperies qui les couvrent dans la nature par des lignes très sommaires; il semble que les hommes ou les femmes ainsi représentés soient revêtus d'une simple robe de gaze flottante.
L'œil ne tarde pas à se faire à ces images d'hommes difformes, à ces groupes mal équilibrés; il corrige par instinct les fautes et finit même quelquefois par trouver de l'agrément à ces dispositions qui ne sont pas naturelles, mais qui. s'expliquent pourtant et se comprennent. Il est plus rebelle à approuver, à accepter même d'autres conventions bien plus hardies ou plus gros-