LIVRE PREMIER
Si
conception, à laquelle certainement n'auraient pas pu arriver des artistes absolument primitifs, nous montre bien la mesure de timidité et de hardiesse, de maladresse aussi et de dextérité qu'avait le génie égyptien.
Telle est, en effet, l'impression générale que nous voudrions voir se détacher de cette rapide étude. La sculpture égyptienne a quelques grands mérites; les artistes, dès l'époque classique, qui est pour tous l'empire memphite, observent la nature avec pénétration et la reproduisent avec franchise; ils sont réalistes, mais au bon sens du mot, c'est-à-dire qu'ils savent allier à l'exactitude d'une copie sans scrupules la liberté intelligente d'une interprétation originale. Au service de leur talent à la fois établi sur la connaissance de la nature et le sentiment assez vif de l'idéal,, ils ont une habileté de main que nous admirons lorsqu'elle s'applique à des matières tendres comme le bois ou le calcaire, qui nous étonne lorsqu'elle s'attaque aux granits les plus secs et les plus durs. Nulle difficulté ne les arrête; sous l'effort hardi% ou patient de leurs outils, le calcaire, comme le grès, s'assouplissent et se modèlent comme les fins marbres de Paros ou du Pentélique; tel fragment de statue en basalte a des précisions et des finesses de modelé anatomique que peuvent lui envier bien des maquettes de terre glaise. Mais cet art porte en lui de nombreux germes de faiblesse, qui l'empêcheront de produire aucune ceuVre vraiment parfaite : ce sont ses conventions. Disons-le une dernière fois, ces conventions ont toutes leur raison d'être; elles s'expliquent et se comprennent; on explique, on corn-
prend que, presque inévitables à l'origine, elles se soient perpétuées à travers les siècles. Mais on regrette leur persistance : elles ont enchaîné une fois pour toutes l'essor et le progrès des sculpteurs; admises sans conteste, comprises et peut-être admirées de tous les Egyptiens, elles ont toujours été commodes aux artistes qu'elles dispensaient d'effort et de recherche personnelle, dont elles servaient d'ailleurs le besoin de conception et de facture hâtives. Sans dépasser la mesure, et trop les critiquer en elles-mêmes, puisque nous avons reconnu que quelques-unes étaient nécessaires aux temps primitifs, que quelques-unes mêmes ont eu du bon, il faut bien leur faire ce reproche très grave qu'elles ont maintenu la sculpture égyptienne dans une médiocrité générale que la beauté hautement proclamée de quelques œuvres d'exception ne peut faire oublier, et que, par leur faute, l'art de l'Egypte cessera difficilement de passer pour un art froid, monotone et artificiel.
MESOPOTAMIE CHALDEE