LIVRE PREMIER
Hg. -p.
Tête de Tel!o.
quons que le corps d'une vache servant à décorer le montant d'une harpe, dans le registre inférieur, a bien plus de vérité que le corps des hommes (fig. 28).
Quant à l'art classique, il est représenté par une série de statuettes, de bas-reliefs, de figurines d'albâtre, de terre cuite, de bronze, où M. Perrot constate une exécution très avancée qui gardait jusque dans les moindres détails de la décoration et du relief une délicatesse souvent remarquable. La petite tête de Tello (fig. 29) en stéatite, que M. Perrot nomme un véritable bijou, ne nous paraît pas mériter cet éloge, ni surtout marquer un progrès sur les têtes plus grandes de la période soi-disant archaïque. Nous y retrouvons les mêmes caractères, lourdeur générale, mollesse ronde et inexpressive des traits sémitiques; et de même un pied d'ustensile, base circulaire où sont accroupies des petites figures, nous semble un monument bien peu significatif pour caractériser une période classique ainsi définie : « période où l'exécution est à la fois libre et savante, celle où la main de l'artiste, maîtresse d'elle-même et de la matière qu'elle met en œuvre, lui permet de rendre fidèlement tous ceux des aspects de la nature qui le charment et l'intéressent. »
L'histoire de la sculpture assyrienne, issue de la sculpture chaldéenne, ne commence qu'à la fin du xue siècle, avec un bas-relief taillé dans un rocher, près d'une des sources du Tigre. Elle est florissante deux
siècles plus tard à Calach (Nimroud) où le puissant Assournazirpal fait élever de superbes monuments. M. Perrot attribue les sculptures de Calach à une première école assyrienne : « Un des caractères et des mérites de ces sculptures, c'est qu'elles ne renferment rien d'inutile, c'est que le bas-relief s'y élève à ce degré d'abstraction où l'ont porté les peuples qui, comme les Grecs, en ont le mieux saisi l'esprit et les conditions spéciales. » — « Cette sobriété, ajoute M. Perrot, a porté bonheur au sculpteur; sans doute son œuvre reste entachée de défauts qui font l'infériorité de l'art assyrien quand on le compare à l'art de l'Egypte et surtout à celui de la Grèce; mais elle n'en gagne pas moins à la franchise de ce parti pris une fière allure et un air de grandeur auxquels n'atteindront que plus rarement les compositions plus compliquées et en apparence plus savantes de l'époque postérieure. » Ces compositions datent de l'époque des Sargonides, rois descendants de Sargon qui fonda la dynastie à la fin du vme siècle.
C'est le palais de Khorsabad qui a fourni le plus de monuments de cette école; M. Perrot ne fait pas difficulté de constater que l'art des Sargonides, par bien des points, ne diffère pas du précédent; mais il y a mi léger progrès, tout en nuances d'ailleurs, dans les formes plus élancées des corps, l'atténuation du relief et de la précision donnée à la musculature, le soin des accessoires et la recherche d'une certaine élégance. Il y a, d'autre part, un léger recul, manifesté par une exécution « moins ferme et moins franche », un relief plus fort, mais un peu lourd et « empâté » .