‹ La sculpture antiqueChapitre 30 sur 163 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Pour nous, nous avons peine à établir des distinctions quelque peu précises entre le bas-relief de

Fig. 30. — Assournazirpal offrant une libation.

Nimroud qui représente Assournazirpal offrant une libation, par exemple (fig. 3o), et le bas-relief de Sargon où Ton voit le roi suivi d'un eunuque (fig. 3i).

Les visages des deux rois barbus, comme des deux autres personnages, se ressemblent et sont absolument du même type que tous les personnages que nous avons jusqu'ici passés en revue; la technique du nu est la même; les muscles sont indiqués de la même façon conventionnelle; le même soin est apporté aux plis et aux ornements des longues robes orientales; les deux bas-reliefs auraient fait partie de la même frise, que nul n'en aurait été étonné. D'une œuvre à l'autre, s'il y a différence de date, il n'y a pas différence d'art. Tout au plus admettrons-nous que, depuis le roi Sennachérib, et surtout sous Assourbanipal, l'art assyrien a modifié ses tendances : le champ des bas-reliefs se remplit d'accessoires empruntés à la nature, arbres, bois, fleuves, ou à l'industrie humaine, et de plus les figures s'allongent, cherchant à devenir élégantes. « C'est alors que l'art assyrien a les plus hautes ambitions; jamais il n'a été aussi séduit par la beauté du mouvement, jamais il ne s'est essayé aussi hardiment à en rendre tous les accidents et toutes les surprises. » Les personnages sont plus nombreux et plus pressés, et le ciseau s'attaque aux épisodes les plus compliqués, à ceux qui lui offrent les difficultés les plus sérieuses. De fait, le festin d'Assourbanipal, par exemple (flg. 32), est une scène compliquée ; les meubles, le lit, la table, les sièges, la vigne grimpante chargée de raisins, sont riches, surchargés même de détails; les étoffes sont plus ornées que jamais. Mais les types des personnages, leurs vêtements, leur parure n'ont pas plus changé que leur forme courte et lourde; les mouvements des souverains qui vont boire sont aussi naïfs et mala-

Fig. 31. — Sargon et son vizir,

droiis que les mouvements des plus anciennes figures des bas-reliefs chaldéens.

Cet art n'eut point de décadence ; il fut arrêté net par la chute de Ninive sous le règne du fils d'Assourbanipal.

Ce n'est donc pas, croyons-nous, le développement historique de la sculpture en Mésopotamie qu'il est surtout intéressant d'étudier; regardons cet art comme un art stationnaire, soumis, comme tant d'autres choses en Orient, aune loi d'immobilité; nous n'en aurons pas moins de plaisir ou de profit à étudier les différents thèmes sur lesquels les artistes ont exécuté des variations, et les caractères principaux de cet art immuable.

Les Égyptiens songeaient à la mort, à la vie dans les tombes qui succédait à la vie terrestre, et par des portraits exacts cherchaient à conserver à l'homme une existence éternelle; les Chaldéens, les Assyriens, avec les mêmes croyances à peu près, étaient moins occupés de ce mystérieux avenir; la nature du sol, d'ailleurs, où les rochers et les carrières sont rares, ne se prêtait ni à la même construction, ni par suite au même culte des tombeaux. Ce qui intéressait tous ces peuples, c'était leur roi, ses victoires et ses conquêtes; l'effort principal des sculpteurs s'est porté à représenter les rois victorieux et conquérants; leur art est un art historique. Mais il faut s'entendre.

Le roi, pour les Chaldéens et leurs descendants, n'est pas Assournazirpal, Sargon ou Sennachérib, un monarque ayant son caractère et sa vie propre; c'est le Roi ; ce n'est pas Shalmaneser, vainqueur de la Bactriane et de l'Inde, Sargon, conquérant de la Syrie, c'est le

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