LIVRE PREMIER
formes humaines quelconques et toujours pareilles, revêtues des parures et des attributs de la puissance.
Au-dessus des rois sont les dieux. « Pour suggérer à l'esprit l'idée de la puissance et. de la perfection divines, dit M. Perrot, les arts du dessin n'ont qu'une ressource, mettre en œuvre et combiner des formes qu'il faut toutes emprunter à la nature mortelle, toujours, par quelque endroit, incomplète et comme inachevée. » Pour figurer leurs divinités, les Chaldéens et les Assyriens, comme les Egyptiens, ont combiné les formes de l'homme avec les formes des animaux. Leur religion était sombre et terrifiante; elle se complaisait aux mystères de la magie; il fallait des cérémonies mystiques pour adorer les esprits sans nombre du bien, du mal? de l'ombre, de la lumière, des éléments, qui peuplaient l'univers, génies farouches, trop redoutés pour qu'on osât les définir, à plus forte raison pour qu'on osât implorer leur secours ou détourner leur influence mauvaise autrement que par l'intermédiaire des initiés et les pratiques les plus absurdes de la sorcellerie.
Les plus fréquentes images religieuses trouvées en Mésopotamie sont justement ces génies redoutables; ce sont les démons, figurés en bas-relief, en petites statuettes de bronze ou de terre cuite. Voici, par exemple, un bas-relief du palais d'Assourbanipal à Kouioudjik, où sont représentés trois démons farouches. « Sur un corps humain, dit M. Perrot, l'artiste a mis une tête grimaçante, tête de lion en fureur que surmontent des oreilles de chien et une crinière de cheval; les mains brandissent de longs poignards; quant aux pieds, ils
sont remplacés par les serres crochues d'un oiseau de proie, largement étalées sur le sol qu'elles semblent égratigner de leurs griffes. » D'autres fois, le démon
prend une tête d'aigle et des ailes. Il ne paraît plus alors aussi violentni cruel, et son attitude plus calme fait songer à quelque génie secourable.
Le mélange des formes est surtout curieux dans une statuette du Louvre , image du Démon du vent du Sud- Ouest (fi g. 33), « vent qui pour la Mésopotamie était brûlant et malfaisant entre tous ; l'anneau que la figurine porte au-dessus de la tête servait à le suspendre devant la fenêtre ou la porte de la maison; grâce à cette précaution, la demeure munie de ce talisman était protégée contre les atteintes des souffles desséchants du désert. Le statuaire a voulu rendre aussi odieux , aussi monstrueux que possible ce tyran de l'atmosphère dont il avait souvent senti et maudit les colères; il n'y a que trop bien réussi. On ne saurait rien voir de plus affreux que cette tête humaine toute
Fig. 33. — Vent du suJ-ouest.