‹ La sculpture antiqueChapitre 33 sur 163 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

grimaçante qui a quelque chose de celle du squelette; ses gros yeux d'oiseau et les cornes de chèvre dont elle est surmontée ajoutent à sa difformité. Maigre et décharné, avec quelques indications de poils sur le flanc droit, le corps tient plus de celui de la chauve-souris que de celui de l'homme. Au bout des bras, les mains larges et plates, avec leurs doigts courts, ont l'air de griffes; quant aux pieds, ils sont franchement remplacés par des serres d'oiseau de proie. » (M. Perrot.)

Là, tous les traits cueillis par le sculpteur contribuent à un effet d'horreur ; souvent, pour figurer des dieux meilleurs, les artistes empruntaient aux animaux tout ce qui de leur corps donne une idée de force et de grandeur, les ailes de l'aigle, le corps et les cornes du taureau, à l'homme ce qui l'élève au-dessus de tous les êtres, la face intelligente et expressive, où brillent la raison et la vie de l'âme. Les monuments les plus fameux à coup sûr de la sculpture assyrienne sont les grands taureaux ailés à tête humaine qui gardaient les portes et bordaient les avenues des palais au bord du Tigre et de l'Euphrate.

La figure 34 représente un de ces monstres transporté du palais de Sargon (à Khorsabad) au Musée du Louvre. On reconnaît la tête royale déjà décrite, couronnée de la tiare, ornée de sa perruque et de sa barbe disposées en boucles et en frisures strictement régulières. Les formes animales sont ici heureusement alliées et la vue de ce génie colossal éveille certainement des idées élevées de force, de grandeur, presque de majesté.

D'autres génies encore se rapprochent de plus en

plus de la forme humaine; l'un d'eux, représenté sur un bas-relief du Louvre, n'a plus d'animal que les cornes de taureau et les ailes. Du reste, il est vêtu

F'g' H- — Taureau ailé de Khorsabad.

comme un roi; son attitude est une attitude classique d'adoration. Faisons un pas de plus : Nébo, par exemple, dieu de l'intelligence et de la prophétie, est de plus en plus semblable au Roi. Des cornes décorent encore sa tiare, mais il n'a plus d'ailes, et ses mains sont croisées contre sa taille, comme celles des statues royales de Tello. Enfin Istar, la déesse de la fécondité, prototype oriental d'Astarté, est figurée par une femme nue, sans aucun emprunt à une nature animale, qui des deux mains se presse la poitrine pour en faire jaillir le suc nourricier. Cette représentation de la divinité par

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