LIVRE PREMIER
jours demeurés maladroits à rendre les illusions de la perspective. Si l'œil s'habitue assez facilement aux formes étranges des corps humains dessinés en dépit de la nature; s'il acquiert assez vite, en étudiant de longues suites de bas-reliefs égyptiens, chaldéens ou assyriens, une éducation spéciale, il est bien moins prompt à se faire à la représentation conventionnelle des paysages et des objets matériels, par exemple, les eaux simulées par des lignes sinueuses devant lesquelles sont plaqués des poissons, les arbres indiqués par des tiges en arêtes, les places fortes figurées par de hauts piliers verticaux surmontés de guerriers qui n'ont pas la place de se mouvoir, ou bien par deux cercles concentriques dans un plan vertical.
C'est aussi une convention plus que naïve, et bien fâcheuse, celle qui couvre nombre de personnages en ronde bosse comme en bas-relief de longues bandes d'écriture cunéiforme. « Nous ne pouvons nous défendre, dit M. Perrot, d'éprouver quelque surprise en voyant courir à travers tous ces bas-reliefs la large bande d'écriture cunéiforme que, la sculpture une fois terminée, le scribe est venu graver, sans crainte d'entamer les contours et de troubler l'illusion que doit donner la représentation de la figure vivante. C'est par le caractère tout historique et narratif de l'art assyrien que nous avons expliqué cette disposition. Elle n'en témoigne pas moins d'un dédain de l'effet qui est un des caractères de ce qu'on pourrait appeler l'art archaïque de l'Assyrie. »
D'autres fois, la convention est plus heureuse. Signalons comme vraiment originale la représentation
des taureaux et des monstres qui gardaient les portes des palais et que décrit ainsi, en termes très précis, M. Perrot : « Il y a dans ces images, entre le bas-relief et la ronde bosse, une sorte de compromis d'un caractère très original. Vus de face, les lions et les taureaux paraissent des statues ; la tête, le poitrail, les jambes ressortent avec autant de franchise et se développent avec autant d'ampleur que dans la nature; mais déplacez-vous un peu, portez-vous à droite ou à gauche, et l'aspect change; vous vous apercevez que seule la partie antérieure de l'animal s'est dégagée du bloc d'albâtre ou de calcaire; le reste du corps y est demeuré comme enchaîné et emprisonné; les contours en sont seulement indiqués, en bas-relief, sur les deux faces de l'énorme dalle. Il y a ainsi comme une moitié ou plutôt un quart de statue qui fait une saillie de quarante à cinquante centimètres... » Ce n'est pas tout : « La figure, suivant qu'on la voit de face ou de côté, ne produit pas la même impression ; de face, elle paraît dans l'attitude de la station, les deux pieds étant sur le même plan; de côté, elle semble marcher; c'était le seul moyen d'éviter que les jambes d'une même paire se recouvrissent et se cachassent l'une l'autre. » L'effet de ces monstres à cinq pattes n'est pas déplaisant, et il faut même quelque attention pour s'apercevoir de la supercherie, parce que taureaux et lions étaient placés de telle sorte, à l'entrée des palais de Babylone ou de Ninive, qu'on ne pouvait jamais les voir qu'absolument de face ou absolument de profil.
En somme, la sculpture chaldéo-assyrienne nous laisse une impression très simple et très nette; c'est un