LIVRE PREMIER
tiques, la teinte rouge qui avivait les traits est effacée presque partout. Et pourtant l'ensemble garde jusque
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Fig. i. — Le grand Sphinx.
dans sa détresse une expression souveraine de force et de grandeur. Les yeux regardent au loin devant eux, avec une intensité de pensée profonde; la bouche
io LA SCULPTURE ANTIQUE.
sourit encore, la face entière respire le calme et la puissance. L'art qui a conçu et taillé cette statue prodigieuse en pleine montagne était un art complet, maître de lui-même, sûr de ses effets. Combien de siècles ne lui avait-il pas fallu pour arriver à ce degré de maturité et de perfection (fig. i) ? »
Cet art, aurons-nous le bonheur de le connaître un jour par d'autres exemplaires? Déblayera-t-on les vingt mètres de sable « sous lesquels dorment encore ignorées au pied du Sphinx les œuvres des dynasties primitives »? Ouvrira-t-on les tombeaux, les temples, les palais des premières générations égyptiennes, et d'heureuses trouvailles diront-elles quelle fut l'inspiration et la technique, quelles furent le mérite et le succès des premiers sculpteurs, quelle fut aussi leur influence sur les grands artistes de la période memphite?
Ceux-là, du moins, nous les connaissons bien; leurs œuvres, retrouvées en foule dans les mastabas (tombeaux), font la gloire du Musée de Boulaq et des salles égyptiennes du Louvre. Il est bien difficile de confondre une statue ou un bas-relief de l'école memphite avec une œuvre de date plus récente ; c'est que cette école a un style propre qu'aucune autre, dans l'antiquité, n'eut au même degré : elle est réaliste. Cela tient aux croyances religieuses de l'Egypte à cette époque, croyances au service de qui s'est mise très naturellement la statuaire. Chacun sait maintenant que les Egyptiens regardaient l'homme comme un composé bizarre de plusieurs êtres distincts, bien qu'étroitement unis, le corps d'abord, « puis (nous citons M. Maspero) le double, qui est le second exemplaire du corps en