‹ La sculpture antiqueChapitre 40 sur 163 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

qui, dans leur contact avec les Grecs, ont pu leur transmettre bien des idées et des formes que ceux-ci n'auraient ni songé ni réussi à aller chercher aux lieux mêmes où elles étaient nées.

Ces peuples, d'ailleurs, méritent rarement le nom ' de créateurs; le mieux connu d'entre eux, et le plus important, les Phéniciens, ne le méritent même pas du tout. Leur rôle est très particulier et très simple. On l'a dit, les Phéniciens ont été les courtiers de l'antiquité le long de toutes les côtes méditerranéennes. Etablis sur l'étroite bande de la Syrie que pressent d'un côté la mer, de l'autre le Liban, ils étaient maîtres des défilés par où passaient les caravanes venues de l'Arabie et des bords de l'Euphrate. Leurs villes principales étaient ces ports fameux, Tyr, Sidon, Beryte, Gebel, Arad, d'où les bons vents portent en quelques heures un vaisseau léger aux bouches du Nil, aux côtes de Cypre et d'Asie Mineure. Cette situation de son pays était bien propice à favoriser le goût naturel de ce peuple sémite pour le négoce. Bons marins, très habiles traitants, ils se plurent toujours au métier de colporteurs, qui leur assurait de gros bénéfices. D'ailleurs, leur nombre croissant avec leur richesse, ils établissaient sans regret des comptoirs sur les rivages hospitaliers, et l'Occident extrême leur dut être reconnaissant d'avoir fondé de populeuses colonies, créé dans les Syrtes de la Lybie comme sur les rivages de l'Hespérie et du pays des Celtes, dans des sites choisis à merveille, des villes qui vivent encore et gardent l'empreinte de leur génie commercial.

Mais la vie de négociant et l'amour du lucre ne

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sont pas favorables à la culture des beaux-arts. Les Phéniciens n'ont aimé que les arts des autres peuples, en tant qu'ils en trafiquaient les produits, les achetaient à bas prix pour les porter au loin et les revendre fort cher. Quant à créer eux-mêmes et pour eux-mêmes des formes nouvelles, ils n'y ont pas songé. Ce que Ton trouve chez eux, en dehors de l'importation étrangère, ce sont des œuvres hybrides, mélange grossier et non raisonné des types et des motifs égyptiens d'une part, chaldéo-assyriens de l'autre, et encore les monuments sculptés devaient-ils être fort rares en Phénicie, si l'on en juge par le petit nombre de fragments parvenus jusqu'à nous. Telle est, par exemple, une stèle trouvée à Amrit : un personnage debout, le pied gauche sur la tête, le pied droit sur la queue retroussée d'un lion, tient de la main gauche un lionceau qu'il va assommer de sa main droite levée. Le lion marche sur un sommet montagneux indiqué par une sorte de surface écailleuse; au-dessus de l'homme, dans le champ, on voit un globe porté par un croissant, et plus haut encore un globe cantonné d'ailes recoquillées. A l'examen, il saute aux yeux que c'est là un monument mi-égyptien, mi-assyrien. La schenti dont l'homme est vêtu de la taille aux genoux, la coiffure, qui rappelle le pschent, et Yurœns, le geste de la main droite levée, si fréquent dans les bas-reliefs de l'époque thébaine, sont des éléments empruntés directement à l'Egypte; le lion sur lequel marche le personnage, — c'est probablement un dieu, — les montagnes conventionnelles sur lesquelles marche le lion, le lionceau que le dieu va tuer, — on se rappelle, par exemple, l'étoufTeur de lions de Khor-

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